09 avril 2006

En attendant

Il se pourrait que durant la Coupe du Monde qui s’annonce en Allemagne, quelques chroniques soient  publiées ici. Des petits textes, pas des comptes-rendus, juste des impressions des matches vus, des instantanés, des instants volés, des buts imaginés. Le tout depuis mon canapé, devant ma télévision, dont il sera peut-être aussi un peu question, entre les 9 juin et 9 juillet prochains. Ces pages sont grises pour contraster avec le contenu, dont l’objectif sera qu’il soit léger, autant que peut le sembler un ballon amorti par la pointe du pied de Zidane. Je vais donc essayer de m’amuser, même si je suis bien conscient de la difficulté de la tâche lorsque je pense notamment aux Pologne – Equateur et autres Ghana – Etats-Unis qui nous attendent. Je sais aussi que cette couleur de papier journal s’accordera bien avec mon humeur le soir où les Bleus auront été éliminés. Quoi qu’il en soit, cela pourrait ressembler à cela, ou même être drôle si la bière est bien fraîche. Je vous donne rendez-vous après le premier match de préparation de l’Equipe de France, le 27 mai contre le Mexique.

Mon autre blog.

29 mai 2006

Les sombres héros

France 1 - Mexique 0


Commencer à Saint-Denis lorsque l’on prétend au trône de la planète ronde n’est pas forcément une mauvaise idée au vu des nombreux rois et reines qui sont enterrés dans la basilique de la ville. Reims aurait toutefois constitué un plus heureux présage pour qui recherche un couronnement, voire Aix-la-Chapelle, dont Charlemagne fit sa capitale peu de temps avant de devenir empereur.

Pour ce match contre le Mexique, quatrième équipe du classement de la FIFA, la pelouse du Stade de France accueillait quelques-unes de nos têtes couronnées en 1998 puis 2000. La plus connue d’entre elles, Zidane lui-même, faisait ses adieux à l’enceinte qui l’avait vu s’élever par deux fois au-dessus de Brésiliens fébriles pour offrir à la France un enfant qu’elle n’attendait plus. Samedi soir pourtant, le leader semblait fatigué, à court de forme, réussissant ses contrôles sans pouvoir enchaîner ; il se reprit après 20 minutes mais n’entra jamais dans le match. Heureusement, un autre roi, de France celui-là, sacré trois fois avec Lyon, assura l’essentiel d’un tir autoritaire peu avant la mi-temps. Malouda pouvait montrer son maillot : il est solidement accroché sur ses épaules.

Après une première période terne mais finalement maîtrisée, Domenech fit tourner et la France se mit à tousser. La Mexicaine est parfois un peu forte. De fait, la défense française était dans le brouillard, se cherchant, se gênant. Au milieu, Dhorasoo ne trouvait presque personne si ce n’est des Mexicains, dont l’armée commençait sérieusement à enfoncer nos lignes plus très droites. Honnêtement, il était temps que cela se termine car les rois dévalaient sans succès. La fin du match intervint donc sur une petite victoire, ce qui est toujours mieux pour préparer un éventuel sacrement qu’une défaite. Reconnaissons-le. Gardons espoir également en pensant aux quelques minutes passées sur le terrain par un nouveau prétendant au trône. Ribéry fut dangereux à chaque fois qu’il toucha le ballon ; malheureusement, Dhorasoo l’oublia au moins une fois.

Le 9 juin est encore loin, le 9 juillet plus encore. Les Bleus travaillent. Comment leur reprocher ? L’éclat et le génie viendront plus tard. Peut-être. C’est en tout cas la condition pour que, comme dans le dictionnaire, « souverain » succède à « souvenir ».

Mon autre blog.

01 juin 2006

Vivement demain

France 2 - Danemark 0

 

Ce France-Danemark marque une étape supplémentaire dans notre progression vers la destination ultime mais incertaine, tant les places sont convoitées, à savoir Berlin. Une étape sportive plus que logiquement géographique. Car enfin, Lens après Paris et avant Saint-Etienne, on a connu plus court chemin pour franchir le Rhin. Gageons que cette vaste hésitation ne constituera pas un mauvais présage, comme ce maillot bleu échouant à se déployer dans les tribunes de Bollaert avant le match.

La soirée était fraîche mais la température contrastait avec la chaleur du public lensois. Nous ne saurions nous en étonner car nous savons que les gens du Nord ont dans le cœur les Bleus qui manquent à leur décor. Ce public s’appliqua à ovationner et scander le nom des joueurs de l’équipe de France dès qu’il en avait l’occasion, donnant au passage une leçon au mauvais élève de Saint-Denis. Barthez, Zidane, Henry, Malouda et Ribéry en profitèrent. De fait, les prestations de chacun furent plus convaincantes que contre le Mexique, même s’il n’y eu pas de quoi se lever de son canapé.

Dans le nôtre, où nous coulons des soirs paisibles, nous somnolions même devant le spectacle offert. Henry semblait disposer d’un turbo mais Cissé était à sa place habituelle, hors-jeu. Ribéry était insaisissable un peu partout mais Saha peinait à trouver ses marques. Abidal jouait avec l’efficacité des plus grands mais Vieira commettait des fautes qui ne peuvent qu’encourager Domenech à travailler un autre schéma tactique dans les deux semaines qui viennent : le jeu à dix contre onze. En face, Gravesen se tailla un franc succès dans les tribunes nordistes pour l’ensemble de son œuvre, ce qui ne devrait pas l’encourager à venir passer ses vacances dans ce qui est pour lui le Sud.

Aux deux tiers de la préparation, le bilan est positif car les Bleus progressent. De notre côté, nous nous ennuyons un peu et attendons avec impatience les matches que l’on regarde debout, les matches qui font battre le cœur et briller les yeux. Nous attendons. Fidèle au poste.

Mon autre blog.

08 juin 2006

Dans la douleur

France 3 - Chine 1

      

C’est un superbe jeune homme qui était interviewé par Daniel Lauclair le week-end dernier dans les allées de Roland-Garros. Un beau mec, lunettes de soleil de marque très voyantes, grosse chaîne en or autour du cou, petit barbe blanche taillée au millimètre. Une dégaine de rappeur américain, de mauvais garçon à la belle gueule, à la vie et aux filles faciles. La vulgarité chic et assumée. Une figure de mode. Quel rapport avec cet oiseau bleu plié de douleur ce soir sur le bord du terrain de Geoffroy Guichard après seulement dix minutes de jeu ? Aucun. Il s’agit pourtant du même homme. Un homme qui vient, sans doute, de se casser la jambe pour la seconde fois en moins de deux ans, ce qui est deux fois de trop pour un sportif de haut niveau ; un homme qui va manquer la Coupe du Monde, l’épreuve la plus importante pour un joueur de football.

Djibril Cissé voit sa carrière brisée à 24 ans, l’âge où tout est encore possible lorsque l’on est fort et en pleine santé. Lui est à l’hôpital et va marcher durant les mois qui viennent avec des cannes car les siennes n’en peuvent déjà plus. Cissé allait signer à Marseille, après une saison passée le plus souvent sur le banc à Liverpool. Il avait ainsi la perspective de retrouver les terrains, de jouer tous les week-ends. La place de titulaire que Domenech lui avait donnée dès l’entame de ce France-Chine le confortait un peu plus dans cette période de transition. Elle lui donnait une occasion rêvée de montrer ce qu’il valait vraiment, de reprendre confiance, même si le poste qui lui était réservé avec les Bleus n’était pas tout à fait le sien. Malheureusement, lui qui était bien trop souvent à la limite de la défense adverse est cette fois-ci définitivement hors-jeu.

Pendant que Cissé criait son mal, allongé derrière la ligne de touche, Zidane glissa au moment de frapper son pénalty, n’en revenant pas lui-même. Puis Trezeguet marqua l’un des buts les plus faciles de sa carrière. Un peu plus tard, ce fut au tour de Barthez de crier : « Pas de faute les gars ! », ce qu’Abidal interpréta à sa façon, en fauchant un Chinois dans la surface. Les spécialistes faisaient leurs comptes : la Suisse avait gagné 4 à 1 contre cette muraille rouge et nous allions faire match nul. Les Cassandre fourbissaient déjà leurs arguments de comptoir. Comme pour les calmer, Domenech fit entrer un autre Marseillais – il l’est du moins encore à ce jour – Ribéry, qui prouva qu’il était décidément tendance mais aussi qu’il le méritait, tant il semblait jouer à une vitesse supérieure, tant le ballon semblait lui coller aux pieds. Ribéry que Cissé aurait pu retrouver à Marseille…

Mon autre blog.

09 juin 2006

La maison Klose

Allemagne 4 - Costa-Rica 2

 

Passer quatre ans à rêver de l’Allemagne, c’est long. Sans vouloir être désagréable avec nos voisins d’outre-Rhin, il y a des fantasmes géographiques plus sexys que Leipzig, Dortmund ou Gelsenkirchen. Le lancement de cette Coupe du Monde 2006 est donc un soulagement. Depuis 2002, les défaites ont été digérées, les nouveaux objectifs fixés, les groupes constitués, les équipes façonnées, avec des moyens différents et des réussites diverses. Les ambitions de chacun sont connues à défaut d’être affichées. Les supporters ont appris à chanter, à chambrer. Les écrans des téléspectateurs se sont affinés et mis d’équerre. Les journalistes ont révisé les fiches préparées par les pigistes de leurs rédactions ou mieux, par d’autres journalistes. Ainsi Thierry Gilardi a-t-il lu scrupuleusement à l’antenne durant Allemagne-Costa-Rica les commentaires du supplément publié par L’Equipe avant la compétition. Les grands journaux, télévisés ou de presse écrite, vont multiplier durant un mois reportages et pleines pages consacrés au ballon rond. Nous y sommes, c’est parti.

Et c’est bien parti puisque l’Allemagne et le Costa-Rica ont offert au monde entier ce qu’il attend : des buts. Six pour être précis, au cours d’un match d’ouverture qui, pour une fois, portait bien son nom. Dès la 6ème minute, Lahm se planta dans l’angle de la surface pour trouver un poteau rentrant sur une superbe frappe du droit. Le Costa-Rica égalisa mais les Allemands repartirent aussitôt de l’avant. En l’absence de Ballack, Klose montra qu’il tenait la maison dès ce premier match de poule : en deux coups de reins volontaires, il fit chavirer Munich. Les rouges marquèrent encore une fois malgré leurs jambes de coton, entretenant un petit suspens. Jusqu’à ce que Frings leur mette un pied dans l’avion d’un tir supersonique. L’Allemagne peut être fière de sa Mannschaft, qui prouve par cette victoire qu’elle sait marcher sans Kahn. Méfiance tout de même car sa défense a parfois des allures de ligne Maginot, ce qui pourrait lui faire connaître à l’avenir quelques grandes désillusions.
   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

11 juin 2006

Start again

Angleterre 1 - Paraguay 0

   

On savait bien que le rythme allait se ralentir. Après les deux premiers matches de la compétition menés tambour battant, l’Angleterre et le Paraguay ont calmé nos ardeurs et malmené nos pronos au cours d’une rencontre qui s’est terminée avant d’avoir commencé. Dès la 3ème minute, Gamarra prolongeait dans ses propres filets un coup franc poison dont Beckham détient la souche. Puis… malheureusement, ce fut tout. L’Angleterre est le pays des strikers, ces spectateurs qui font irruption sur les terrains de sport et s’y promènent le plus longtemps possible en tenue d’Eve ou d’Adam, selon. Ignorant la tradition, les Anglais n’ont rien montré, faisant de la déjà perfide Albion une prude sans jus. Les hommes d’Eriksson, pas toujours très mobiles, ont multiplié les passes téléphonées. Il est vrai que sous un soleil de plomb, les deux équipes n’avaient pas les semelles légères. L’arbitre gominé tenta de les aider, en faisant jouer de nombreuses touches deux fois mais les moulinets successifs des bras désignés ne suffirent pas à aérer le stade et encore moins le jeu. Pour leur part, les Paraguayens ont piétiné la mémoire de l’équipe conduite par Chilavert en 1998 et 2002. Ils ont ainsi presque prouvé qu’ils n’avaient pas leur place dans cette Coupe du Monde. Reste à l’Angleterre à montrer qu’elle a bien la sienne en huitièmes de finale.

       

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Chaud effroi

Trinité-et-Tobago 0 - Suède 0

   

Malgré la chaleur ambiante, Dortmund avait ce samedi des allures de Stockholm à l’automne. En effet, les tribunes étaient majoritairement garnies de maillots jaunes, dont certains étaient portés par de bien jolies allumettes. Plus encore, il volait dans le stade une multitude de pollens blancs qui n’étaient pas sans rappeler les premières chutes de neige qui succèdent à l’été scandinave. Mais cette délicate attention de la nature allemande n’aida aucunement les Suédois à se placer dans le sens de la marche. Au contraire, Larsson, Wilhelmsson, Svensson et Alexandersson eurent beau insister durant plus de 90 minutes devant le portier Trinidadien, Hislop ne leur ouvrit pas. Et pourtant, son équipe joua à dix une bonne partie de la seconde mi-temps : Avery John, qui s’était déjà vu insérer un t à son prénom par l’arbitre en première période, pris un rouge pour avoir cartonné un jaune. Les Suédois auraient pu passer une fin d’après-midi encore plus désagréable : les Caribéens touchèrent du bois en fin de rencontre, ce qui leur portera peut-être chance, sur une tentative isolée qui faillit propulser Glen parmi les étoiles de ce tournoi naissant. Ce score vierge est surtout nul pour les Suédois, qui ont pris un sérieux coup de froid ; il a presque un goût de victoire pour Trinité-et-Tobago, que leurs supporters devraient fêter dignement. Le rhume pour les uns, le rhum pour les autres. A quoi ça tient le football…

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Passe-moi l'éponge

Serbie-Monténégro 0 - Pays-Bas 1

   

Même lorsqu’ils ont raccroché, les footballeurs n’en conservent pas moins les habitudes qui ont été les leurs durant toutes leurs années de terrain. Habitudes qui ne sont pas sans rappeler la finesse des hommes de Néanderthal. Prenez Marco van Basten. Ancien joueur élégant de l’AC Milan, il est aujourd’hui l’entraîneur des Pays-Bas. Portant chemisette blanche et pantalon noir, il était évidemment assis sur le banc pour cette entrée des Oranges dans la compétition. Pour ceux qui ne regardent pas les matches, je précise que les bancs en question sont installés en plein soleil et que le climat allemand de ce début du mois de juin à des allures de canicule estivale. Bref, dans une tenue qui aurait été parfaite pour assister à la communion de sa petite nièce, van Basten était en sueur. Son front brillait et son nez jouait les tremplins pour les gouttes suicidaires. Heureusement, une main généreuse lui transmit une éponge humide, qu’il s’empressa de passer sur son visage comme s’il s’était agi d’une table de bistrot. Joli moment de galop pour le naturel, aussitôt suivi par un autre : van Basten proposa à son voisin d’utiliser l’éponge qu’il venait de saler. Malheureusement, la réponse que son adjoint lui apporta nous restera inconnue, la réalisation allemande ayant choisi de s’intéresser au jeu. Ce dernier, justement, fut presque confisqué par Robben the robber, qui vola de nombreux ballons à des serbes monténégrins plus lents mais aussi à ses coéquipiers qui auraient pourtant bien voulu tenter leur chance une fois ou deux. Ce match confirma nos premières impressions : une équipe qui marque dans cette Coupe du Monde est trop contente de voir se profiler les trois points pour tenter réellement de marquer à nouveau. Au risque de se faire surprendre et de n’en gagner qu’un. On aura prévenu.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Du vent dans les voiles

Mexique 3 - Iran 1

 

Quand on dit Iran, on pense tout de suite à un malade. Son Président par exemple, qui n’est pas du genre sain d’esprit. Mais ce dimanche à Nuremberg, il n’était pas question de politique ou de religion. Juste de fous du dieu Football, qui s’affrontaient pacifiquement sur le rectangle vert. D’entrée de jeu, les rouges se montrent les plus entreprenants et les Mexicains ne savent pas trop quoi faire face à tous ces Iraniens qui percent. Puis peu à peu, les choses s’équilibrent et c’est même Bravo qui récolte les félicitations pour son but de la 28ème minute. L’Iran ne se meure pas pour autant et égalise même 12 minutes plus tard, d’un tir malin dans une surface aussi peuplée que Mexico aux heures de pointe. En deuxième période, les Iraniens souffrent et s’essoufflent. Pas le Mexicain Bravo, qui s’offre un bis du plat du pied. On comprend alors que les Américains du centre ont replié leur parasol et qu’ils vont passer aux choses sérieuses. La confirmation arrive par un troisième ballon déposé, de la tête cette fois, dans les buts de Mirzapour. Pour cette entrée en matière, les Iraniens n’ont pas pu enrichir leur capital Points. Les Portugais et les Angolais feraient pourtant bien de s’en méfier. Les Mexicains quant à eux démarrent doucement mais sûrement. Qui veut voyager loin…

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

12 juin 2006

Et l'Italie gagna

Italie 2 - Ghana 0

   

L’entrée des Italiens dans une compétition est toujours très attendue. De fait, avec les Azzurri, ce n’est pas seulement du football élégant et viril qui nous est offert mais également de la chanson de geste, du cinéma, de la plaidoirie et du défilé de mode. Tout ce qui fait que ce spectacle nous ravit presque à chaque fois. Malheureusement, les débuts d’une équipe italienne sont aussi synonymes de rencontres ennuyeuses et fermées, qui se jouent sur un rien dans les dernières minutes. Souvent, c’est un pénalty tiré par les cheveux ; parfois, c’est un but de raccroc. Leschveu est d’origine polonaise et Rakro d’origine serbe. Naturalisés Italiens depuis très longtemps, ils font aujourd’hui partie du patrimoine footballistique transalpin. Sélectionnés depuis des dizaines d’années, leur présence est même largement à l’origine du beau palmarès italien, qui commence toutefois à dater.

Ce soir, les hommes de Lippi n’ont eu besoin de personne pour esquisser leur victoire. Un tir de Pirlo transperça une forêt de maillots pour finir dans la clairière de Kingston peu avant la mi-temps. Pourtant, les Ghanéens n’étaient pas en reste, qui multipliaient les frappes, notamment par Michael, de nombreuses fois servi par les siens. Mais la volonté et la puissance ne suffisent pas lorsque l’on ne sait pas conclure. Les Italiens réussirent, eux, à le faire une seconde fois. Non sans l’aide de Kuffour, qui joua à l’envers, donc de façon grossière, cherchant son gardien et trouvant Iaquinta, qui n’en demandait pas tant. Face au Ghana, l’Italie a presque gagné seule ; Leschveu et Rakro seront d’autant plus frais pour les affrontements qui se profilent.

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

13 juin 2006

Croix rouge

France 0 - Suisse 0


A la Coupe du Monde de 1982, en Espagne, les équipes d’Allemagne et d’Autriche s’entendirent lors de leur confrontation pour obtenir un résultat les qualifiant toutes les deux et éliminant ainsi à coup sûr l’Algérie. Horst Hrubesch marqua rapidement pour l’Allemagne et les 22 mauvais joueurs se contentèrent alors de faire circuler la balle sans rien tenter le reste de la partie. La bronca qui gronda dans le stade durant cette escroquerie et les milliers de mouchoirs blancs agités par les spectateurs n’y changèrent rien : les deux équipes se qualifièrent pour le deuxième tour.

Sans parler d’entente, la France et la Suisse jouèrent ce soir à un rythme qui laisser penser que les deux voisins avaient avant tout pour ambition de ne pas perdre. Cette éventualité est d’ailleurs à souhaiter car les autres explications à la médiocre prestation qui nous a été offerte seraient plus préoccupantes. En effet, que vit-on ? Des Français qui jouaient à l’arrêt, presque pas de dédoublement, peu de mouvement au sein de l’attaque. Les Bleus semblaient écrasés par la chaleur, quand un peu plus tôt dans l’après-midi, les Sud-Coréens couraient comme des lapins. Il n’y avait pas de percussion et Henry avait beau faire, il ne pouvait pas être à la réception de ses propres centres. Bien sûr, il eut une occasion de but sur une passe de Ribéry, qui aurait dû tenter sa chance lui-même, mais sa tentative fut freinée par une main suisse. Pour leur part, les Helvètes touchèrent le poteau et l’une de leur tentative fut repoussée miraculeusement par la jambe droite puis la jambe gauche de Barthez.

Alors quoi ? Faut-il climatiser les stades allemands pour que nos joueurs vieillissants puissent courir ? Faut-il les équiper de brumisateurs ? Faut-il créer une nouvelle journée de solidarité dédiée aux footballeurs de plus de 30 ans ? Rien de tout cela évidemment puisque tout était calculé. Un calcul risqué car ce sont bien les Sud-Coréens qui sont ce soir en tête du groupe G.

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

15 juin 2006

Crouch ne dansa pas

Angleterre 2 - Trinité-et-Tobago 0

       

Enfin, à la 82ème minute, il s’éleva plus haut que le défenseur trinidadien, il positionna parfaitement sa tête, ajusta son front, qu’il projeta légèrement en avant ; dès l’instant du choc, il su que c’était bon, ce que le bruit du cuir sur le filet lui confirma. Il s’élança alors vers ses coéquipiers mais il ne dansa pas. Crouch mesure presque deux mètres. Des Crouch, nous en avons tous connu dans nos cours de récréation. A l’époque, nous faisions 1,40 mètre et eux faisaient déjà 1,60 mètre. Ils dépassaient tout le monde et donnaient l’impression de ne pas savoir quoi faire de leur carcasse. Ils étaient gênés d’être aussi voyants, leur squelette légèrement courbé s’excusait de ne pas nous avoir attendus. Pourtant, deux heures par semaine, ces grands garçons, ou filles, étaient enfin à l’aise. Durant deux heures de foot, de basket, de volley ou de hand, ils étaient les rois, ceux avec qui tout le monde voulait jouer.

Pour être le roi en Coupe du Monde, il faut marquer. Et durant 81 minutes, Crouch n’y parvint pas. Christophe Dugarry eut beau s’écrier « But ! » un nombre incalculable de fois au micro de M6, l’Angleterre tout entière bégayait son football. Sa tour de contrôle pouvait remettre vers Owen, centrer pour Lampard, tenter des retournés, rien n’y faisait. Jusqu’à la 82ème minute, où Crouch marqua mais ne dansa pas. Sa fameuse danse de robot a fait les joies du public de Liverpool tout au long de la saison mais l’attaquant anglais a indiqué il y a quelques jours que le Mondial était une chose sérieuse et qu’il ne danserait, en cas de but, qu’en finale. Malgré un deuxième but, superbe, de Gerrard, malgré le retour, discret, de Rooney, il serait très étonnant que Crouch danse à Berlin le 9 juillet.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

17 juin 2006

On range les éléphants

Pays-Bas 2 - Côte d'Ivoire 1

 

Comme contre l’Argentine, les Ivoiriens ont pris un but. Comme contre l’Argentine, ils en ont pris un second. Comme contre l’Argentine, les Ivoiriens ont marqué un but. Comme contre l’Argentine, ils ne sont pas parvenus à égaliser. L’histoire se répète pour les équipes africaines, selon un éternel retour qui leur est familier. Prometteuses sur le papier ; combatives, culottées, inventives sur le terrain ; mais aussi naïves, déconcentrées, imprécises. Didier Drogba ne soulèvera pas la Coupe du Monde. L’Afrique n’accompagnera pas son geste d’un cri pour une fois unitaire.

C’est d’abord Van Persie qui envoie Tizié aux pâquerettes sur un coup franc du collier, puis Van Nistelrooy qui le mystifie d’un tir placé. Les Van fusent et les Ivoiriens sont susceptibles. Ils restent donc dans la partie et Baky Koné passe bientôt à l’orange devant une défense néerlandaise bien lente. Sa balle est parfaite et se fige dans la lucarne de Van der Sar, vengeant par la même occasion une frappe monumentale de Zokora quelques instants plus tôt sur la barre.

Vinrent ensuite quelques beaux mouvements, des tentatives, des combinaisons mais les Oranges étaient solides et les Eléphants patauds. Didier Drogba ne soulèvera jamais la Coupe du Monde. Si. Souhaitons-lui de le faire un jour, comme entraîneur.

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

18 juin 2006

Les maux bleus

France 1 - Corée du Sud 1

   

Michel Platini n’a pas de quoi être fier. Le plus connu des opposants à l’arbitrage assisté par la vidéo aura du mal à être prophète en son pays durant un long moment. Il n’aura qu’à continuer à fréquenter les salons feutrés des Fédérations, les dîners masculins où l’on se partage les influences et les tribunes présidentielles où l’odeur de la pelouse n’est même pas admise.

Le ballon repris par la tête de Vieira avait bien franchi la ligne. Le pied du gardien était derrière la ligne en question et sa main encore un peu plus en retrait. Bien sûr, cela était presque impossible à voir sans le ralenti et il est difficile de reprocher quoi que ce soit à l’arbitre. Toujours est-il que cette absence de recours à la vidéo a de grandes chances de priver les Bleus d’une qualification pour les huitièmes de finale.

Tout avait pourtant bien commencé. Avec son but de la 9ème minute, Henry avait donné l’illusion que s’ouvrait un match où le meilleur était possible. Pour ce qui sera peut-être le dernier match de sa carrière, Zidane était transparent mais Vieira était presque retrouvé ; Sagnol et Abidal montaient en rythme ; la défense semblait solide. Devant, Henry était toujours aussi seul mais l’on sentait qu’une autre ouverture était possible, ce que prouva la tête de Vieira sur le but non-validé.

Mais peu à peu, la tension du malade remonta, les premiers signes de fébrilité apparurent. Ribéry entra et se mit à courir partout, comme d’habitude, mais le patient tremblait de plus en plus. L’égalisation des Coréens fit carrément délirer les Bleus, Barthez manquant un peu après de relancer à la main le ballon dans ses propres filets, Zidane passant son dépit sur le dos d’un adversaire. Les Bleus sont très malades et le prochain match contre le Togo risque de marquer la fin d’une longue agonie. On peut se poser la question de l’intérêt d’assister à un moment aussi difficile ; on peut aussi choisir de leur tenir la main en repensant au bon vieux temps.

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

19 juin 2006

La carte et le carton

Togo 0 - Suisse 2

 

Patrick Müller, le défenseur suisse – quelques fois lyonnais lorsque la grippe décime les titulaires – a la carte. Au cinéma, un acteur qui a la carte est assuré de recevoir invariablement le soutien de la presse spécialisée du septième art. Qu’il fasse des bons films ou les pires navets, il sait que les critiques ne seront pas bien méchantes, tout juste un peu moqueuses. Un acteur qui a la carte peut presque tout se permettre.

En deux matches, contre la France et le Togo, Patrick Müller a montré qu’il pouvait tout se permettre. Ce fut tout d’abord une main dans la surface sur un tir de Thierry Henry. Alain Sars, l’arbitre français – peut-être un peu vexé de ne pas avoir été sélectionné pour la Coupe du Monde – a affirmé que si cette main, qui semble involontaire, avait été effectuée sur la ligne de but, un pénalty aurait été sifflé et le joueur aurait été expulsé. L’arbitre du match France-Suisse, lui, ne broncha pas.

Contre le Togo, Patrick Müller commença par ceinturer Adebayor sur un centre, l’empêchant ainsi de préparer convenablement sa tête. L’arbitre ne broncha pas. Un peu plus tard, le même Müller faucha le même Adebayor dans la surface. Précisément, voyant que le Togolais allait le déborder dans son dos, il déplia sa jambe ostensiblement en arrière pour faire tomber l’attaquant, avec succès. Le ballon était déjà loin et Müller ne pourra pas prétendre qu’il cherchait à le jouer. A quoi bon de toute façon puisque l’arbitre ne broncha pas.

Au final, le bilan de Müller est très positif puisque sur ces trois actions, il a peut-être empêché un ou deux buts, sans récolter aucun avertissement et sans concéder aucun pénalty. Le Suisse Patrick Müller est très fort ; il a la carte et pas de carton. On l’achète où cette carte ?

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

21 juin 2006

Une volée d'école

Suède 2 - Angleterre 2


C’est un ballon qui rebondit sur la pelouse et qui pourrait continuer à le faire s’il ne rencontrait pas bientôt une poitrine. Une poitrine qui l’accueille en se gonflant légèrement, pour qu’il se pose doucement et n’ait pas envie de s’éloigner.

C’est la terre qui appelle ce ballon, qui le fait descendre jusqu’à elle. La terre qui envie cet avatar minuscule de sa propre rondeur, capable de rouler, de sauter, de s’élever et de tourner sur lui-même en quelques dixièmes de secondes lorsqu’il lui faut à elle une longue journée pour faire la pirouette.

C’est un pied qui fouette le ballon avant qu’il ne heurte le sol. Une chaussure de cuir qui gifle une boule de la même peau. On pourrait voir dans ce geste un certain goût pour la douleur. Pourtant, le pied ne veut que du bien au ballon. Même s’il veut le mettre en cage, l’envie n’est pas de l’enfermer mais de lui faire voir du pays. Adverse.

C’est le ballon qui s’envole vers son destin. Qui semble monter vers le ciel pour échapper à cette terre qui lui fait un peu peur. Mais l’attraction a toujours le dernier mot. Alors le ballon redescend et commence à s’inquiéter de l’atterrissage, qui se produit parfois juste assez tôt pour que le filet attrape le cuir dans ses mailles.

La volée de Joe Cole contre la Suède nargua la main d’Isaksson et embrassa le poteau, comme on fait la bise un peu trop vite à quelqu’un qu’on ne connaît pas encore assez bien. La réponse fut vive, sans appel, un rebond qui condamna la balle à terminer sa fuite derrière la ligne de frontière, comme une pierre dans un jardin pour les uns, une étoile dans les yeux pour les autres.

   

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

23 juin 2006

Ronaldo large

Japon 1 - Brésil 4


En une rencontre, Ronaldo a presque fait oublier toutes les critiques dont il avait fait l’objet au cours de ces dernières semaines. Avec ses deux buts inscrits contre le Japon, il a tout d’abord égalé le record de 14 réalisations que détient Gerd Müller en Coupe du Monde. Il a également prouvé qu’il fallait encore compter sur lui, qu’il n’était pas fini. Bien sûr, il n’a pas multiplié les courses sur le terrain durant l’ensemble du match mais d’une tête et d’un coup de pied placés, il a montré que même à l’arrêt il pouvait toujours être dangereux.

Ronaldo aime boire, faire la fête, danser dans les boîtes de nuit ; il aime être accompagné de jolies filles dans ses virées nocturnes comme lors de ses promenades sur des bateaux confortables. Une vie de patachon le Ronaldo. Forcément, cela se voit et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne nage pas dans son short. Tout le monde s’en inquiète et même Lula lui a demandé en direct à la télévision s’il n’avait pas deux ou trois kilos en trop, avant de s’excuser de son audace le lendemain. Ronaldo n’est pas trop gros, il s’entraîne avec une polaire parce qu’il aime ça.

Vers la fin de sa carrière, Alberto Tomba disait que plus jeune, la veille des compétitions, il se couchait à six heures du matin, avec trois filles dans son lit. Il ajoutait qu’ayant vieilli, il ne pouvait plus se permettre un tel régime et qu’il se couchait alors dès minuit… mais accompagné de cinq filles. Si Ronaldo continue à marquer deux buts par match dans les deux semaines qui viennent, la nuit du 9 juillet pourrait être très très longue pour l’attaquant auriverde. Durant cette parenthèse, il pourrait même, en fonction de l’ardeur de ses accompagnatrices, y laisser quelques kilos.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

24 juin 2006

Un match de ouf !

Togo 0 – France 2

   

Pendant trois quarts d’heure, cela a semblé impossible. Les occasions ne manquaient pourtant pas. Elles se multipliaient même, s’accouplaient sous nos yeux sans pudeur mais aussi sans réussite. Un pied, une main gantée, une maladresse, un partenaire oublié, un arbitre de touche, tout semblait devoir empêcher les Bleus de marquer ce premier but libérateur tant espéré, même s’il n’était attendu que par un tiers des Français selon un sondage du jour. L’équipe jouait bien, le ballon circulait et il y avait à voir. Mais le score restait vierge et l’Espagne semblait si loin, surtout lorsque les Togolais attaquaient franchement, faisant passer des frissons dans les travées majoritairement tricolores. Ribéry n’osait toujours pas frapper, comme contre la Suisse et la Corée. On commençait à penser que même à un mètre de la ligne de but, il était prêt à choisir la passe en retrait.

Puis Ribéry tenta une frappe, puis une autre. Qui seraient peut-être sorties du stade s’il n’y avait eu des filets de protection derrière le but. Et nous, impitoyables magistrats du tribunal des petits supporters, on lui cria de passer. Evidemment ! Beaucoup ne s’en seraient pas remis. Ribéry, lui, recommença à zéro et dribbla encore, pour passer à Vieira dans la surface, qui contrôla comme Ronaldo, se retourna comme Ronaldo et marqua comme Ronaldo. Mais pour la France. Ce premier « Ouf ! » fut d’autant plus violent qu’il avait passé quatre années dans nos estomacs. De façon presque miraculeuse, il fut suivi d’un deuxième quelques minutes plus tard, lorsque Thierry Henry, dans la surface, contrôla comme lui-même, se retourna comme lui-même et marqua comme lui seul sait le faire.

Si l’on ajoute le troisième « Ouf ! » qui accompagna le deuxième but des Suisses, on peut dire qu’à défaut de folie, une telle succession de soulagements ne nous avait pas été offerte depuis bien longtemps. Plutôt que de combler le manque, elle donne envie cette série, envie d’en avoir davantage ; on se battrait comme des chiens galleux pour avoir ça encore deux semaines. Juste une, ce serait déjà pas mal. Pourquoi pas après tout ? Même s’il n’a manqué à personne, Zidane va revenir contre les Espagnols. Abidal aussi, la piteuse prestation de Sylvestre ayant confirmé que le Lyonnais était bien le titulaire. C’est une nouvelle compétition qui commence ; les Espagnols ne seront sans doute pas aussi fringants contre nos Bleus que contre dix Ukrainiens. Mardi sera le premier jour du reste de notre Coupe du Monde. On a battu le Togo nous Monsieur. On a peur de personne.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Tout commence aujourd'hui

   
La première phase de la Coupe du Monde est terminée et dès ce samedi commencent les huitièmes de finale. Finie la rigolade. Il faut ranger les calculettes, oublier les montées en puissance, remiser les mises en place progressives. A partir de ce week-end, le ciel va tomber sans pitié sur la tête de ceux qui ne seront pas prêts, y compris les plus grands. D’ici à mardi, huit équipes vont rentrer à la maison. Certaines le feront en héros et, malgré la défaite, seront accueillies comme des vainqueurs, par des peuples qu’elles auront fait rêver. D’autres auront intérêt à choisir un avion de nuit, à rentrer à l’aube par une porte dérobée, voire à partir directement en vacances. On se souvient de ce joueur colombien abattu à son retour de la Coupe du Monde de 1994 pour avoir marqué un but contre son camp et contrecarré ainsi les paris organisés par les cartels locaux.

Les huitièmes de finale commencent, accompagnées de leur cortège d’éliminations directes. Finis les pénaltys et place aux tirs au but. C’est une cérémonie un peu étrange, durant laquelle les joueurs se tiennent par les épaules dans le rond central et forment une chaîne fébrile pendant que le dernier tireur s’avance vers son destin. S’il marque, le chapelet coloré s’élance et le noie sous un empilement libérateur ; s’il échoue, les maillons de la chaîne se brisent en autant de chagrins éparpillés sur le sol. Dans les gradins et devant les télévisions, des enfants sont en pleurs avec le maillot de leur équipe préférée sur les épaules. La tête basse et les yeux humides, ils ne voient pas juste à côté d’eux d’autres gamins aux couleurs un peu plus foncées, pleurant de joie pour la vie, les joues rouges et le ventre en feu. D’autres gamins qui leur ressemblent tant.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

25 juin 2006

Allemagne, année Héros ?

Allemagne 2 – Suède 0

 

L’Allemagne continue son grand bonhomme de chemin dans cette Coupe du Monde qui pourrait bien devenir définitivement la sienne. Après avoir envoyé les Costaricains à l’aéroport et les Polonais à l’arrêt de bus, ce sont les Suédois qui vont pouvoir prendre le bateau pour rentrer chez eux. Lors de ce quart de finale, les Scandinaves n’ont pas vu le jour. C’est paradoxal lorsque l’on sait que chez eux, à cette époque, le soleil ne se couche pas. De fait, en un quart d’heure, la victoire avait choisi son camp, bien aidée il est vrai par deux pions de Podolski.

A peine commencée, cette partie était déjà finie, tant les Suédois étaient incapables de jouer au niveau dont ils avaient pu faire croire qu’il était le leur contre l’Angleterre. Lucic fut expulsé, Källström sortit avant d’avoir touché un ballon et Larsson… Larsson tira un pénalty comme on se débarrasse d’un colis piégé, en le balançant par la fenêtre. Pourtant, une nouvelle fois, la défense allemande a montré qu’elle était prenable, ce qui promet quelques sueurs froides au public teuton contre l’Argentine. A coup sûr, la pression sera forte ; il faudra d’ailleurs qu’elle le soit car les Allemands ont l’habitude de la descendre d’un trait.

En attendant, l’Allemagne se balade et s’amuse. Son enthousiasme et sa fraîcheur font plaisir à voir. D’où viennent-ils donc ? Peut-être d’un homme, un seul. Pas la momie de Beckenbauer que l’on aperçoit dans les tribunes à chaque rencontre. Non, cet homme, c’est Jürgen Klinsmann. Sur les images de M6, avant le match, ce n’était pas un sélectionneur que l’on voyait sourire et taper dans les mains, c’était un enfant. Ce fut aussi un vrai gamin qui fit des bonds après les deux buts de Podolski. Alors, le 9 juillet, Berlin sera-t-elle la ville dont le prince est un enfant ?

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Messi ? Non, Maxi !

Argentine 2 – Mexique 1

 

Quand on s’appelle Marquez, inscrire un but, c’est un peu répondre à un ordre. Le défenseur du FC Barcelone n’attendit guère pour l’exécuter, six minutes exactement, et crucifier du même coup le gardien argentin Abbondanzieri. Quand on est attaquant et que l’on reçoit un centre sur la tête dans la surface, la moindre des choses est de marquer. Borgetti, le Mexicain, respecta ce principe à la lettre. Le fait qu’il s’agissait en l’occurrence de son propre but n’est finalement qu’un détail. Le compteur n’affichait que dix minutes et les pendules étaient déjà remises à l’heure.

C’est lorsque les horloges sont réglées que l’on s’endort habituellement jusqu’au lendemain matin. Là encore, cet Argentine-Mexique fut des plus logiques. Une douce torpeur s’installa durant près de 90 minutes, qui virent 22 Américains occuper le terrain sans trop prendre le risque de le perdre définitivement. La prolongation avait commencé, Messi était entré en jeu sans vraiment convaincre et les tirs au but devenaient une possibilité à envisager sérieusement lorsque Maxi Rodriguez réveilla tout un sous-continent.

Un long ballon venu de l’autre côté du terrain trouva la poitrine du joueur de l’Atletico Madrid. La logique aurait voulu qu’il le laisse retomber à terre avant d’enchaîner. Mais après 98 minutes de jeu, dans un brouillard de sueur et de fatigue, malgré ses muscles durcis, Maxi Rodriguez se relâcha et tenta un geste qui peut au choix conduire un pays entier à vous élever des statues ou 40 000 personnes à vous siffler jusqu’à la fin du match. Maxi Rodriguez aura ses statues car sa volée venue d’un autre monde traversa l’espace selon une diagonale parfaite, jusque dans la lucarne de Sanchez. L’Argentine est en huitième de finale ; rien que pour ce but, elle le mérite.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Dans la chaleur de l'ennui

Angleterre 1 - Equateur 0

   

Encore heureux qu’il ait fait chaud. Au moins les Anglais et les Equatoriens ont-ils pu ainsi mouiller leur maillot. S’il n’avait fallu compter que sur le rythme de leurs jeux respectifs, les chasubles du vainqueur auraient pu être réutilisées pour les quarts sans passer par la machine. Il faut reconnaître que dans le hammam de Stuttgart, l’air était rare, ce qui ne favorise jamais l’inspiration. Il faut avouer également  que cela n’a pas surpris de la part d’Anglais, qui donnent l’impression, match après match, de ne toujours pas être entrés dans la compétition. Qu’importe, diront-ils, nous sommes en quart de finale. Qu’importe pour le palmarès en effet ; pour le spectacle, en revanche, on repassera. L’équipe d’Eriksson n’a une nouvelle fois rien montré de convaincant, hormis la volonté, stérile, de Rooney et la précision, pour l’instant suffisante, de Beckham. Comme d’habitude, sur un coup franc, ce dernier a pris ses pas, non pas d’élan, mais de recul, presque comme un rugbyman, avant de placer le ballon au centimètre près dans le soupirail de Mora, pourtant bien placé et parfaitement détendu. Dans les tribunes, Madame applaudissait, mais l’apparition de son décolleté sur le grand écran du stade ne suffit pas à donner du cœur au jeu anglais. En face, les Equatoriens jouaient comme s’ils menaient au score. De fait, à la 11ème, Tenorio avait failli tromper Robinson, qui n’avait dû son salut qu’à un léger contre de Cole, qui envoya avec chance la balle sur la transversale. Mais cette belle entrée en matière ne fut qu’une promesse non-tenue, ce qui, face à des Anglais transparents, fixa définitivement les limites des Sud-Américains, c’est-à-dire celles des huitièmes de finale.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

Dix raisons de regretter l'élimination des Pays-Bas

Portugal 1 - Pays-Bas 0

   




   
   
   
   

26 juin 2006

Jusqu'au bout de l'ennui

Suisse 0 - Ukraine 0 (tab 0-3)

   

Je vous jure les mecs, ça va pas le faire. Si vous ne donnez pas un peu de rythme à votre match, il est hors de question que je regarde la prolongation que vos incompétences offensives respectives annoncent. Ça fait bientôt une heure que vous vous traînez sur la pelouse de Cologne ; on se croirait dans le parc d’une maison de repos. Je vous rappelle que je viens à peine de me réveiller d’Angleterre-Equateur. Alors 90 minutes de plus au ralenti, je ne vais pas pouvoir supporter ; deux heures, n’en parlons même pas. Pour être honnête, si je n’avais pas subi les électrochocs de Pays-Bas-Portugal hier soir, je pense que je serais déjà en état de mort cérébrale.

Suisse-Ukraine, sur le papier déjà, on n’a pas envie de se précipiter à la Fnac pour acheter des places. A la limite, on préfère une bonne nuit de sommeil. Au final, on a le droit aux deux. Plus que 20 minutes ; bougez-vous les mecs, c’est Gérard Houiller qui commente. Oh, j’ai bien vu vos deux occasions, la tête de Chevtchenko et le tir de Frei sur la barre. Vous l’avez fait exprès, c’est ça ? « Il n’y a pas beaucoup d’occasions de but mais cela reste un match agréable à suivre » ; il est gonflé Houiller. Ou alors, il a un cigare dans une main, un whisky dans l’autre et les deux pieds sur le siège de devant.

Ah, une tête qui rase le poteau. Au moins, je ne suis pas le seul à m’ennuyer. Tiens, encore un pénalty non sifflé contre les Suisses. C’est pas Müller pour une fois ; il doit s’être pendu dans un coin. Moi j’hésite encore… « Va-t-il y avoir un contre terrible à trois minutes de la fin ? » ; il fait des efforts Christian Jeanpierre mais j’ai plutôt l’impression qu’il se fout de ma gueule. « C’est vraiment un match où les défenses prennent le pas sur les attaques » ; là, Houiller, il le boit carrément à la bouteille son whisky. « Très peu zorthodoxe », tiens, qu’est-ce que je disais !

Putain, plus que trois minutes de temps additionnel. Au secours !!!!! Le stade siffle pour mettre fin au supplice. Une minute ! Je pourrais me jeter par la fenêtre. Depuis le 12ème étage en général, c’est plutôt la morgue que la pharmacie. Au moins, les Italiens ont l’élégance de marquer cinq secondes avant la fin ; les Australiens n’aiment pas l’élégance. Voilà, c’est fini. « On va marquer une pause »… Oh Jeanpierre ! On a eu 90 minutes de pause ! A ce stade, une décision s’impose : soit je publie cette parodie de note sans le score, soit je m’accroche au radeau et je me laisse dériver. Bon, je reste encore un peu.

C’est reparti, façon de parler. « Frei décroche » : il a multiplié les appels sans succès alors il décroche ; ou alors, il veut dire « Allo » de Cologne. J’suis con… ! Mais c’est ça ou la fenêtre. De toute façon, c’est les tirs au but assurés. Ça fait du minuit au lit. Les Ukrainiens, ils ont fait entrer Yvan Rebrov ; il a vachement maigri le type. Et il s’est rasé, lui aussi. Oh !!! Incroyable !!! Superbe mouvement des deux équipes. Vraiment magnifique. Enfin, ça valait le coup d’attendre finalement. Bon, c’était juste le changement de côté à la mi-temps de la prolongation mais c’était vraiment beau.

Trois minutes. Je crois que je dormais. Le mec qui marque maintenant, j’adopte sa coupe de cheveux, j’achète son maillot et je le porte à la plage cet été. Si c’est Chevtchenko, je n’aurai pas le dos assez large. Terminé !! Domaaaaaaaage !! Dans le stade passe la chanson « Que serra, serra ? ». La FIFA a de l’humour. S’il la mette demain pour l’Espagne, je passe la présidentielle au lance-flamme, je n’aime pas l’humour. Chevtchenko a raté son tir. C’est possible qu’ils ratent tous ? Oui apparemment, le Suisse a raté aussi. Ils vont faire tirer les soigneurs ou les femmes des joueurs si ça continue ; d'ailleurs, si ça se trouve, les premiers sont en train de s’entraîner avec les secondes ; la prochaine fois, on mettra les caméras dans les vestiaires. Un seul tir réussi après quatre tentatives. C’est pitoyable. Enfin ! Les Ukrainiens sont qualifiés. Les Italiens, ça doit les faire marrer de voir des mecs heureux de réussir un tir au but.

Allez, on ferme.

Mon autre blog.

28 juin 2006

France Ribéryque

Espagne 1 - France 3

 

Il l’a fait au meilleur moment, juste avant la mi-temps avec un but de retard. Il l’a fait alors qu’on ne l’attendait plus. Qu’on ne lui demandait même plus. Lancé par Vieira, il a regardé sur le côté, comme avant de traverser la rue. Puis il a contourné Casillas, qui n’avait jamais semblé aussi long, et qui eut l’élégance de ne pas attraper son pied. Un dixième d’instant, on s’est dit qu’il allait passer en retrait à Barthez mais non. Ribéry a traversé le miroir. Du pied gauche, le droitier qu’il est a visé le but. Le chemin fut encore long car deux rabat-joie se voyaient déjà en sauveurs. D’ailleurs, le ballon les frôla et joua avec la nôtre. Ce fut pourtant insuffisant, Ribéry avait marqué. Il était dépucelé ; c’est toujours mieux de savoir comment faire avant de rencontrer le Brésil.

A cet instant, cette égalisation n’était pas suffisante pour rêver à la Seleçao. Alors Vieira, sur lequel Ribéry s’était appuyé sur le une-deux égalisateur, mit un coup de boule. Pas à un adversaire à notre grande surprise. Durant une seconde, on douta que le ballon était bien rentré. Mais la Corée du Sud était loin et l’empilement des blancs manquant d’étouffer le Turinois nous confirma que la France était bien devant à huit minutes de la fin. Le reste appartient déjà à la légende et vient se placer en tête de notre colonne Souvenirs à la rubrique Coupe du Monde, en attendant mieux encore. Zidane marqua. Et les plumitifs de Marca, justement, la gazette espagnole qui avait annoncé que les rouges allaient mettre Zidane à la retraite, firent leurs bagages, comme toujours.

On avait pourtant prévenu. On a battu le Togo nous Monsieur. On a peur de personne.

 

La note en audio : et en téléchargement.

Mon autre blog.

29 juin 2006

Pour le plaisir

Caresser les étoiles

   

Jouer contre le Brésil, c’est tenter de percer un secret. Celui de l’amour d’une balle ronde pour 22 pieds qu’a priori rien ne distingue des autres. Est-ce parce qu’elle les a d’abord rencontrés nus, sur le sable ou dans la rue, qu’elle n’a jamais pu oublier la douceur et la précision avec lesquelles ils s’occupaient d’elle ? Est-ce parce qu’il n’y a qu’avec eux qu’elle se sent aussi belle ?

Une rencontre entre le Brésil et la France, c’est faire se rencontrer la beauté et l’amour de la beauté, le plaisir et le désir, l’énergie et l’envie. Jouer contre le Brésil, c’est s’approcher de la lumière, tenter de la regarder en face sans se brûler les yeux. C’est se placer dans son ombre immense, seul espoir de briller un peu à son tour.

Le danger, lorsque l’on joue contre le Brésil, c’est de s’asseoir et de regarder ces pieds et cette balle se donner du plaisir. Le risque est de rester spectateur. Au contraire, il faut se lancer, s’immiscer dans le corps à corps, avec tact mais autorité. Se tenir au plus près dans l’attente de quelques copeaux d’étoiles pour, un jour, en avoir une à soi.

Gagner contre le Brésil, c’est voler un rêve à Rio pour l’offrir à Marseille. C’est ne pas oublier que ce n’est qu’un emprunt. Que ce rêve a des ailes et que l’océan est mince. Gagner contre le Brésil, c’est regretter de ne pas être Brésilien. C’est ne pas savoir quoi faire de cette joie si grande et en avoir un peu honte, sa tête dans les mains.

Gagner contre le Brésil, c’est sourire en pleurant. Gagner contre le Brésil, c’est jouir des larmes.

Et perdre contre le Brésil ? C’est gagner un peu quand même.

30 juin 2006

La Squadra assura

Italie 3 - Ukraine 0

   

Entre l’Italie et l’Ukraine, l’opposition est évidente, sinon au plan du jeu, du moins au plan du style. Les Italiens, pas seulement les footballeurs, sont connus pour leur élégance, juste assez voyante pour énerver ceux dont les goûts tendent vers plus de sobriété ; les Ukrainiens, pour leur part, sont moins connus. Pour évoluer sur les terrains allemands, les joueurs de la Squadra ont reçu de la part de Puma une chasuble qui leur assure une fraîche allure tout au long des 90 minutes minimum que durent les rencontres. En effet, l’équipementier a eu la bonne idée de dessiner sous les manches bleu azur un motif plus sombre, descendant sur les flancs jusqu’aux hanches, qui permet aux coéquipiers de Zambrotta, auteur d’un but dès la 6ème minute, de transpirer sans que cela ne se voie. Ou de faire croire qu’ils transpirent, c’est selon.

De son côté, l’Ukraine a choisi Lotto comme sponsor, un nom qui lui a porté chance jusqu’à présent, notamment lors de la séance de roulette russe face à la Suisse. Son maillot jaune, autre tentative pour se donner un moral de vainqueur, est strié de quelques rayures bleues qui lui donneraient presque des allures de tigre psychédélique si son équipe ne manquait pas cruellement d’un véritable moteur.

De fait, ce sont bien les Italiens qui l’ont emporté dans ce quart de finale, grâce à deux buts supplémentaires de Luca Toni, et qui poursuivent ainsi leur route en Allemagne. Il s’agit certainement d’un grand soulagement pour chacun d’entre eux. Quasiment tous impliqués dans les affaires de matches truqués, remporter cette Coupe du Monde pourrait bien être leur seule chance d’échapper à la prison une fois rentrés à la maison. Toutefois, par prudence sans doute, nombre de joueurs italiens ont adopté une coupe de cheveux très courte, qui contrastait franchement ce soir avec la spéciale Björn Borg de Timochtchouk. Consolation, même s’ils séjournaient derrière les barreaux, les joueurs de la Juventus de Turin, au moins, ne seraient pas dépaysés : les rayures noires et blanches de leur maillot habituel passeraient simplement du vertical à l’horizontal pour quelque temps.

02 juillet 2006

Grands

Brésil 0 - France 1

   

Il est des matches qui offrent des joies différentes des autres. Des plaisirs qui construisent plus qu’ils ne transportent. Qui rendent fiers plus que fous. Après la résurrection scandée contre l’Espagne, la victoire contre le Brésil fut de ces moments où il n’y a plus de place pour le futile, ou tout ressemble à une mise au point des hiérarchies prétendues. La joie fut intense, bien sûr, devant tant de maîtrise, mais pas délirante. De fait, contre les Ibères, nous revenions de loin ; après le Brésil, nous avons le droit de penser que nous y retournons. Pour le meilleur cette fois. Toutefois, il ne faudrait pas penser que nous avons gagné notre finale. Si l’on place la vraie ligne de départ au niveau de l’Espagne, nous ne sommes qu’à la moitié du parcours, quelle que soit la valeur des adversaires.

Après un premier quart d’heure difficile où les Brésiliens ont tenté de rappeler qu’ils étaient les patrons, les Bleus ont pris rapidement les choses en mains et se sont une nouvelle fois si bien élevés que l’on se demande combien de fois ils pourront encore le faire. Deux suffiraient. Durant une bonne demi-heure, les joueurs français furent bien les maîtres. Les maîtres du terrain, les maîtres du jeu, les maîtres de tout le Brésil. Ils privaient leurs adversaires de leur vrai partenaire, le ballon. Forcément, cela rend jaloux et cela peut énerver. Ainsi, un carton rouge aurait dû être sorti pour la faute commise sur Vieira par Juan avant la mi-temps, sinon parce qu’il était le dernier défenseur, au moins parce qu’il s’agissait d’un tacle par derrière qui n’avait aucune chance de concerner le ballon. Le coup-franc fut tiré et Ronaldo, dans le mur, l’arrêta de la main, ce qui ne fit éclore de la poche de l’arbitre qu’une nouvelle carte jaune. Les Français hurlaient devant leur poste mais les Bleus, sur le terrain, eurent la bonne idée de ne pas trop en faire.

La deuxième mi-temps commença comme la première, avec une ou deux actions des Brésiliens. Mais, cette fois-ci, il ne fallut que cinq minutes à l’équipe de France pour prendre ses marques. Et 12 minutes pour inscrire le but qui prouvait que nous n’avions pas la berlue, que les Bleus étaient bien au-dessus des Brésiliens. Cette balle de Thierry Henry qui se loge dans le toit du but de Dida sur un coup-franc de Zidane, nous la reverrons souvent, très souvent. A chaque fois, elle aura la même trajectoire ; à chaque fois, le pied de l’attaquant français restera ferme. A chaque fois, nous repenserons à notre joie, à cet instant précis. A ce sentiment que ce qui avait pris forme quelques jours plus tôt se renforçait sous nos yeux.

La suite fut plus difficile, évidemment, car il restait une demi-heure et parce que le Brésil ne voulait pas mourir si tôt. Mais les Bleus se défendirent comme des chefs. Habituellement, le style de jeu du Brésil est simple et efficace. Derrière puis au milieu, les ballons sont préparés lentement, bonifiés avec talent, le tout dans une sorte d’apnée qui fait suffoquer les adversaires et dont les auriverde se sortent eux-mêmes en lançant subitement leurs attaquants, qui émergent alors de la défense adverse pour aller marquer et apporter de l’air à l’ensemble de l’équipe. Hier soir, les Brésiliens étouffaient car même quand la préparation pouvait se faire correctement, la tête de Ronaldo était maintenue fermement sous l’eau par la défense française. Bien sûr, le dernier quart d’heure fut encore plus délicat ; c’est le moins que l’on puisse attendre lorsque l’on joue contre une équipe cinq fois étoilée. Mais, malgré un dernier coup-franc de Ronaldinho, rien ne changea, et le Brésil termina la partie avec un seul tir cadré.

La nuit fut douce et légère. Notre CDD de rêve vient d’être prolongé de quatre jours. N’en restons pas là. Prenons le Portugal pour ce qu’il est vraiment : une grande équipe, égale de la nôtre. Ne nous croyons pas arrivés. Ne tremblons pas non plus.

On a battu le Togo nous Monsieur. On a peur de personne.

04 juillet 2006

Pour le plaisir (et les distraites)

06 juillet 2006

Au tour de France

Portugal 0 - France 1

   

Le sommet contre le Brésil avait été monté au train, à un rythme très élevé. Quelques contres avaient simplement été nécessaires, sur une dizaine de mètres pas plus, pour tuer dans l’œuf les attaques de Brésiliens qui ne parvenaient pas à changer de braquet. Nos quatre défenseurs formaient un V en tête du peloton et maintenaient ainsi à l’abri du vent le leader Zidane, qui en profitait pour grimper le col en acrobate, alternant les roues arrières ou les longs passages debout sur son guidon.

Contre le Portugal, l’impression fut différente. Cela tenait davantage d’un interminable faux plat, parfois carrément coupe-pattes. Sûr que l’ascension du Pain de sucre avait laissé des traces dans les mollets et que la peur de manquer la dernière étape, celle des Champs-Elysées, trottinait un peu dans certains esprits. Le train était moins rapide et les Portugais en profitaient, multipliant les tentatives d’échappées qu’ils voyaient déjà belles. A chaque fois, il fallait que Thuram se mette en danseuse pour aller les rechercher, parfois de justesse, et leur fasse entendre raison. Plus loin, Abidal regardait trop le paysage et pas assez Ronaldo, qui roulait en zigzag dans de jolies circonvolutions heureusement stériles.

Puis vint la faute. Volontairement, Carvalho toucha la roue arrière de Thierry Henry, qui avait obtenu un ticket de sortie de la part de Malouda. La pénalité fut donnée aussitôt et confirmée immédiatement par Zidane. Comprenant que cela était efficace, les Portugais se lancèrent alors dans un étrange ballet. Par paquet, ils écrasaient le frein avant pour s’envoyer eux-mêmes dans le décor. Ils plaçaient leurs propres pieds dans leurs propres rayons pour effectuer des tonneaux qu’ils espéraient remplis de pièces d’or. Mais les commissaires ne bronchaient pas, donnant à cette hécatombe simulée le goût amer de l’impuissance.

Il y eu encore quelques tentatives plus orthodoxes qui obligèrent Barthez à s’employer plus qu’il ne l’avait fait depuis le départ de Suisse. Toutefois, le classement par points ne fut pas remis en cause. Et si les deux équipes franchirent la ligne dans le même temps, c’est bien la France qui est appelée pour le contre la montre final face à l’Italie.

On a battu le Togo nous Monsieur. On a peur de personne.

Pour le plaisir

07 juillet 2006

Zidane y va marquer

Il reste deux jours pour rêver. La pression monte. On a le droit de chanter.

Voici ce qui est en train de devenir l'hymne de cette Coupe du Monde des Bleus, même si je trouve cette parodie de Cauet beaucoup plus anecdotique (il ne s'est quand même pas foulé sur le coup…) que le I will survive de 1998 :

 

Et puis, voici la version originale, Madan, de Salif Keita et Martin Solveig. Ça le fait tout autant :

 

08 juillet 2006

Regarde... L'Italie...

Novecento_1
 

Nous avançons la tête haute vers des plaines où la mort est plus douce que la défaite. Des zones où les rencontres n’ont rien d’amical. Ces terres nous connaissent ; nous nous y sommes roulés. Elles aiment nos couleurs ; nous aimons leur odeur. Nous en découvrons de nouvelles et voulons les faire nôtres.

Nous avançons le torse fier car les larmes de honte et de rage ont fait place à la divine sueur d’un été allemand que nous n’attendions pas chaud si longtemps. Ces gouttes d’effort, nous les recueillons dans nos mains tremblantes puisque le Graal, nous ne l’avons pas encore. Nous nous en inondons le visage pour partager le parfum des luttes que ces autres mènent devant nos yeux brillants et nos pieds inutiles.

Nous avançons vers le soleil dans nos chasubles blanches. Qui nous regarde ? Le monde. Qui nous aime ? Le monde. Nous avons avec nous des enfants, que nos compagnes portent comme des étendards. Nos enfants nous regardent et nous leur montrons la route comme on touche une étoile. Au loin, la poussière confirme la justesse de notre cap et l’âpreté du combat qui s’annonce.

Nous avançons dans la lumière qui éblouit, les yeux plissés mais les jambes solides de ceux qui ont connu la peur, puis qui l’ont piétinée en dansant. Là-bas, l’Italie… Dans le brouillard de la fatigue et des réquisitions. Nous avançons lentement car nous sommes attendus. Marchons, marchons…

Merci à Marie pour l'illustration.

09 juillet 2006

Le prix d'inconsolation

Allemagne 3 - Portugal 1

   

En Coupe du Monde, le match pour la troisième place, ou encore « petite finale », c’est la rencontre de deux désillusions. L’opposition de deux équipes déçues de ne pas avoir réussi à accéder à la grande finale, la vraie, la seule. Forcément, du côté des joueurs, ça traîne parfois des crampons, ça invente des blessures tout d’un coup. Mais il faut y aller, pour montrer le maillot, pour les supporters, pour les sponsors. Les deux équipes qui disputent ce match ont déjà tout perdu. Elles ne risquent rien. Plus aucun reproche. Elles n’ont rien à gagner non plus.

Cette année, Adidas, à la maison, rencontrait Nike loin de ses bases. Des Allemands toujours motivés, grâce à l’émouvante communion avec le public qui avait accueilli leur élimination en demi-finale, affrontaient des Portugais pour lesquels, Ricardo le premier, cette Coupe du Monde, c’était une victoire sinon rien. C’est sans doute cette envie de terminer le tournoi sur une victoire, beau privilège quand on y pense, qui a permis à la Mannschaft, privée de Ballack mais pas orpheline au vu du bilan du futur meneur de Chelsea, de battre les Portugais.

Trois tirs magnifiques de Schweinsteiger, dont un détourné par Petit dans son propre but, donnèrent la victoire aux locaux. Quelques arrêts d’Oliver Kahn également, sorti de l’ombre élégamment par Klinsmann. Pourtant, les Portugais n’étaient pas totalement en vacances. Deco semblait avoir retrouvé son inspiration et Ronaldo brillait encore, même si son attitude ne laissa voir une nouvelle fois que les chutes d’un travail par ailleurs exceptionnel. Figo fit même marquer Nuno Gomes. Trop tard. Les Allemands n’ont pas totalement perdu leur Coupe du Monde. 

10 juillet 2006

Les enfants tristes de la patrie

Italie 1 - France 1 (5 tirs au but à 3)

   

Ce soir, les enfants de la patrie pleurent parce que l’étoile dorée qu’ils rêvaient de voir descendre sur leur poitrine s’est offerte à d’autres. Ils sont tristes par que les bilans, ils s’en moquent. La seule chose qui compte pour eux, c’est la joie qui accompagne le but, puis la victoire finale. Ce cri qui balaie tout sur son passage et qui justifie à lui seul toutes ces minutes d’attente inquiète.

Ce soir, ce cri est sorti dès la 7ème minute, après que Zidane a transformé un penalty sifflé pour une faute légère sur Malouda. Une « Panenka », dont le capitaine des Bleus jugea sans doute qu’elle était la seule façon de tromper Buffon, meilleur gardien du tournoi, si ce n’est du monde. Le relâchement fut pourtant de courte durée car la domination italienne se concrétisa justement à la 19ème minute, par une tête victorieuse de Materazzi.

Ce soir, les enfants de la patrie sont tristes car leurs Bleus ont mené le jeu à partir de la seconde période, sans réussir à marquer. Loin de parvenir à augmenter leur capital, les joueurs de l’Equipe de France l’ont vu se réduire sous leurs yeux. Ce fut la blessure de Vieira, qui eut un impact physique évident sur le jeu des Français. Ce fut ensuite ce pour quoi cette défaite laisse un sale goût dans la bouche.

Ce soir, par ce coup de tête dans la poitrine de Materazzi, c’est nos cœurs que Zidane a fait exploser. Hors de tout contexte verbal, le ralenti diffusé était si choquant que beaucoup ont cru qu’il s’agissait d’un cauchemar. Sous nos yeux, un dieu redevenait un homme faible, ce qui lui arriva hélas trop souvent dans sa carrière. Nous ne saurons sans doute jamais ce que ceux deux-là se sont dit. Mais rien ne justifiera jamais ce geste si déplacé, qui fut le tournant psychologique du match.

Ce soir, les enfants pleurent avec Thuram, qui fut une nouvelle fois exemplaire. Ils pleurent avec Trezeguet, dont il devait être écrit que ce ne serait pas sa Coupe du Monde. Ils pleurent avec Vieira, qui est allé jusqu’à la limite de ce que son corps pouvait accepter. Les enfants pleurent avec Zizou, qui a gâché sa sortie et un peu durci leurs rêves.

Ce soir, les enfants de la patrie sont tristes et n’ont pas le cœur à penser aux futures revanches, aux lendemains qui rechanteront. Ils ne pensent pas à ce mois de septembre, si proche, où l’Italie retrouvera la France, sans Zidane, sans Thuram, sans Makelele et peut-être quelques autres. Ils ne pensent pas, ils pleurent. Au revoir, les enfants.

11 juillet 2006

Fin de partie

 

La Coupe du Monde s'achève et ce blog avec elle. Je pourrais continuer à disserter sur Trezeguet au balcon de l’hôtel de Crillon, sur le coup de boule de Zidane mais je pense qu’il vaut mieux arrêter là, quitte à en reparler chez mes Bleues à moi. C’est fini et je suis content d’être arrivé au bout, je veux dire d’avoir tenu jusqu’au bout. Ce mois a été très agréable, j’ai pris beaucoup de plaisir à essayer d’écrire quelques bafouilles sur un sport que j’aime. Parfois avec quelques facilités, je le reconnais, lorsque le temps et/ou l’énergie m’abandonnaient.

L’heure est maintenant aux remerciements. Je commence par l’Equipe de France, dont le parcours a permis de maintenir l’excitation. Je l’aime bien ce sport mais ce qui compte vraiment pour moi, c’est l’Equipe de France en Coupe du Monde. Merci donc aux Bleus. Je remercie les lecteurs qui ont pris la peine de se taper mes notes. Ceux qui ont commenté – ils sont six ou sept et se reconnaîtront – et ceux qui ont simplement lu – ils ne doivent pas être plus nombreux. Merci à tous (ça se dit « Merci aux quelques » ?) et peut-être à bientôt pour de nouvelles aventures éphémères. Je me rends compte que j’aime bien quand il y un début et une fin. Pour un blog.

Je réintègre mon papier peint bleuté, même si je laisserai la lumière ici. Turquois va vivoter jusqu’aux vacances et je verrai à la rentrée ce qu’il deviendra. Toutes les idées sont les bienvenues. Je vous embrasse.

PS : Au fait, j’ai gagné la Coupe du Monde des blogs. Quelle histoire.

Je suis là aussi