Mauvais génie - Marianne Denicourt et Judith Perrignon
La lecture de ce petit livre bien écrit m’a confirmé les impressions que j’avais eues devant Rois et reine, film vu après avoir pris connaissance des premières déclarations de Marianne Denicourt. Dans Mauvais génie, la plume de Judith Perrignon, journaliste à Libération, mise au service de l’actrice nous décrit dans le détail les névroses, les phobies, l’incapacité à créer sans faire de mal à ses proches du réalisateur nommé ici pudiquement "Arnold Duplancher". Sont également décrits les ennuis que ce comportement lui attire, les trois quarts de ses anciens amis, amours ou de sa famille n’ayant apparemment comme seul objectif que de lui casser la gueule pour se venger. Le livre nous apprend ainsi qu’Eric Rochant (réalisateur d’Un monde sans pitié ou des Patriotes), appelé Eric Faury dans le texte, ne s’en est pas privé puisqu’il a pris pour habitude de placer son poing dans la figure de son ex-copain chaque fois qu’il le croise ; Duplancher voulait à l’origine intituler l’un de ses films Comment je me suis disputé avec Eric Rochant, ce que l’intéressé à réussi à faire interdire par voie judiciaire, le titre devenant au final Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle).
De fait, il apparaît que tous les films de Duplancher sont tirés de la vie des personnes qui l’entourent ou qui l’ont approché. Cela n’est pas choquant. C’est bien sûr très courant, voire difficilement évitable. Le problème est que dans son cas, l’entreprise est destructrice à chaque fois, volontairement qui plus est, malgré les dénégations de l’intéressé. Ainsi, dans Rois et reine, les éléments les plus douloureux de la vie de Marianne Denicourt sont étalés : la mort accidentelle du père de l’enfant qu’elle attendait à l’époque puis la mort de son propre père. Comme si cela ne suffisait pas, Duplancher imagine que Denicourt est responsable de l’accident mortel de celui qu’elle demandera au Président de la République d’épouser après sa mort ; il fait également écrire au père mourrant une lettre de haine insensée à sa fille.
Pendant la préparation de son film, le réalisateur a toujours cherché à rassurer l’actrice, qui avait eu vent de son scénario, en lui assurant que ce serait l’amour qui l’emporterait à l’écran. Mensonge. D’ailleurs, plusieurs actrices françaises, dont Juliette Binoche, ont refusé le rôle après une première lecture, pour ne pas blesser leur amie. Je parlais de règlement de compte dans ma note sur le film ; ce terme est évoqué plusieurs fois dans le livre. La distinction entre l’œuvre et l’artiste n’est pas un nouveau débat. Toutefois, il y a une différence entre un film admirable réalisé par un salaud fini dans la vie et un film de qualité réalisé pour jouir de la souffrance des autres. Dans le deuxième cas, le spectateur devient complice, contre son gré.
La réponse de Marianne Denicourt est moins brutale que celle de Rochant. Elle n’en est pas moins destinée à faire mal, du moins à rabaisser ce petit prodige du cinéma français. La vie qu’elle a partagée avec Duplancher lui permet à ce titre de connaître quelques détails qu’elle ne se prive pas d’exposer, comme « le petit bourrelet que fait son ventre une fois le bouton du jean fermé ». Le livre ne remet pas en cause le travail technique du cinéaste mais éclaire ses motivations d’un jour détestable. A ce titre, l’on pourrait reprocher à Marianne Denicourt d’utiliser les mêmes méthodes que celles qu’elle dénonce. Rappelons donc qu’elle est en situation de légitime défense et qu’en la matière, la règle est que la réponse doit être proportionnée à l’attaque. C’est largement le cas puisque le livre n’aura pas l’audience du film au final et que, de toute façon, Duplancher a « la carte », c’est-à-dire qu’il bénéficie d’une protection sans réserve de la presse bien pensante.



Je propose que toute personne croisant l'odieux lui colle en bourre pif en lui criant très fort dans les oreilles : "c'est pour le plaisir" !
Rédigé par: Mry | 01/02/2005 at 18h31
"le livre n’aura pas l’audience du film au final"
mais au moins il aura une audience, alors que sans le succès mérité de Rois et reine, personne n'aurait même publié ce livre sans intérêt...
Rédigé par: audrey | 12/03/2005 at 18h02
Voilà qui est dit !
Rédigé par: Turquois | 12/03/2005 at 18h41
j'ai vu le film sans savoir ou depleschins était allé puiser son scénario.
j'ai trouvé la direction d'acteur magnifique, l'écriture remarquable comme toujours.
on s'inspire toujours de la réalité pour créer une fiction. Je ne vois pas ce qu'il y a d'ordurier d'avoir adapté cet épisode de la vie de cette actrice, sinon peut être de ne pas lui en avoir parlé. Mais lorsqu'on a envie de créer qq chose, parfois, on commet certaines bassesses pour permettre à l'histoire d'exister, car c'est d'elle dont il s'agit, de la fiction. J'aime beaucoup la grace de Marianne Denicourt en tant qu'actrice, je trouve remarquable le travail de desplechins que j'ai déjà eu l'occasion de croiser et qui semble odieux, mais quelle nécessité de sortir sa hargne dans un petit livre qui n'aurait pas existé sans le film ?. Seule la fin justifie les moyens : en l'occurence un film magnifique. Depuis quand le monde du spectacle est il autre chose que le monde du spectacle ?
Rédigé par: valérie | 10/07/2005 at 16h20
Tous les commentaires sont les bienvenus ! Personnellement, je suis quelque peu gêné par un cinéaste qui rend dans un film son ex-compagne responsable de la mort de son premier mari et qui fait écrire par son père une lettre de haine, tout à fait extraordinaire par ailleurs, dont je n'ai toujours pas compris la raison dans le film en question. Tu dis : "mais quelle nécessité de sortir sa hargne dans un petit livre qui n'aurait pas existé sans le film ?" En effet, le livre est une réponse au film et je pense que Marianne Denicourt aurait préféré que ni l'un ni l'autre n'existent. Au final, je pense que si j'avais adoré le film, mon point de vue aurait peut-être été moins tranché.
Rédigé par: Turquois | 11/07/2005 at 21h45
Rois et Reine, je l'ai vu le jour de sa sortie, d'un oeil "innocent", l'esprit tout à fait vierge de l'affaire Denicourt vs Desplechins. Cela a été un coup de coeur, une transfusion d'impressions: comme si j'étais un de ces buvards épais,rose pâle absorbant l'encre de ses émotions, lentement par capillarité. Je n'y ai senti ni haine, ni hargne... encore moins de vengeance, de règlements de compte. Seulement des ondes d'amour qui passent entre des personnes: un ancien amant, un père, un enfant... Des barrières qui tombent: la folie, le suicide, l'euthanasie, la paternité. Des moments-miracles...inexplicables, indicibles. Un film touchant au sens fort. Et remuant... au dedans. Le livre de Marianne Denicourt me semble certes justifié sur le fond (même si l'art EST la vie, qu'un artiste ne crée pas sur le néant, que tout nourrit son imagination...), je conçois ses revendications.Cependant je trouve ridicule et "moche" ses travestissements de noms: "Duplancher pour Desplechins", etc... après le battage médiatique autour de ce livre, qui veut-on leurrer? Ou s'agit-il d'éviter un procès, ce serait dans ce cas assez pervers. Je pense que la publication d'un livre n'est pas forcément la meilleure réponse.C'est assez petit. Le silence ou ..l'attaque en justice auraient eu plus de panache, de dignité. Non, vraiment et l'esprit et la forme me choquent dans la réponse livresque. Paradoxalement c'est elle qui me paraît malsaine. Vous n'avez pas adoré le film, dites-vous.., mais si vous l'aviez vu comme moi sans connaître cette polémique, avant de lire le livre..ne l'eussiez-vous pas plus apprécié?
Rédigé par: Marie... | 15/10/2005 at 00h19
Je ne suis pas certain de me souvenir encore assez précisément de ce film pour en parler de façon sérieuse mais il ne me semble pas avoir vu beaucoup d'amour dans ses images, la lettre du père à sa fille n'étant pas ce que l'on peut appeler une lettre d'amour. Si je n'avais pas lu le livre avant de voir ce film, je pense que j'aurais considéré qu'il me manquait beaucoup de clés pour comprendre certaines attitudes des personnages sur l'écran, qui semblent pour le moins inexplicables.
Rédigé par: Turquois | 17/10/2005 at 16h33
Mais dans la "vraie" vie, croyez-vous qu'on ait aussi toutes les clés pour comprendre ? On navigue un peu à vue, non?
Rédigé par: Marie... | 18/10/2005 at 16h00
C'est le moins qu'on puisse dire en effet…
Rédigé par: Turquois | 20/10/2005 at 16h28
si Marianne Denicourt me lit, serait_elle prête à penser qu'elle avait affaire à un pervers narcissisque? ce genre de personnage qui n'est heureux que lorque les autres sont malheureux, qui n'ont aucun scrupule.... bref qui sont mortifères et contre lesquels il faut lutter.
anne
Rédigé par: gotty | 22/10/2005 at 19h59
Si elle vous lit, elle me lit aussi. Alors je la salue. Merci d'avoir laissé un commentaire.
Rédigé par: Turquois | 01/11/2005 at 09h42
Marrant, j'ai vu le film hier. Le film est pas mal, mais quand on regarde bien, le seul personnage, c'est lui. Il se met en scéne victime de tous, et méme temps tout puissant. Il est central. Bon maintenant, c'est son film. J'aurais aimé des personnages plus nuancés autour.
Rédigé par: unnami | 08/11/2005 at 13h09
Ce film est infect. Tout sonne faux, les dialogues sont incroyablement empruntés et irréels. Les personnages sont caricaturaux au possible: le doux dingue insupportable, l'avocat drogué, la soeur acariâtre, le vieux sage, le mari homme d'affaires à côté de la plaque etc. Les scènes se voulant dramatiques sont ridicules. Devos à l'air de jouer dans une pièce de fin d'année de lycée et Amalric en fait des tonnes. Et en plus ça dure des plombes. L'horreur. A fuir.
Rédigé par: M | 16/11/2005 at 23h35
Marianne Denicourt est une actrice et scénariste française née le 14 mai 1966 à Paris.
Elle suit des cours d'art dramatique et est admise à l'école de Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers de Nanterre.
Sa carrière cinématographique ralentit à partir de 2000, et se trouve définitivement freinée (2005) pour des raisons de santé après la publication maladroite d'un livre (contre le cinéaste Arnaud Desplechin) qu'elle co-écrit avec Judith Perrignon.
Rédigé par: stéphane tirilly | 04/06/2007 at 00h26
Je viens de poster ci-dessus la notice de wikipédia consacrée à Marianne Dénicourt, et que j'ai complété par la discussion suivante:
Pourrait-on préciser que ce livre "maladroit" est une attaque d'une grande violence contre Arnaud Desplechin, parce que ce dernier a utilisé des éléments de la vie de Marianne dans le film "Rois et Reines" ; si on peut comprendre la colère de Marianne Denicourt, la génèse et la tonalité (par moment aux limites de l'ignoble) de ce livre pose problème. Le livre a été co-écrit par une journaliste de Libération, Judith Perrignon, personnalité peu connue qui semble la vraie rédactrice de l'ouvrage, ayant trouvé un "filon" dans le désarroi de Marianne. On note aussi le rôle joué par Juliette Binoche. D'après la phrase terrible de l'article de Wikipedia, il semble finalement que le livre ait fait plus de mal à son "auteure" qu'à la cible visée, Desplechin: non seulement "Rois et Reines" a connu un grand succès public, mais Arnaud Desplechin prépare un nouveau film très attendu avec Catherine Deneuve, notamment. Mais que devient Marianne ? Quelle est la nature exacte de ces "problèmes" de santé évoquées dans l'article ? Triste histoire, et, quels que soient les reproches qu'on peut adresser à Desplechin (utiliser la vie de ses proches dans les films - il n'est pas le premier à le faire), le livre qu'on a conduit Marianne à co-signer est aussi une sorte de fiction qui met sur la place publique des choses intimes, parfois de manière pire que le film. Il faut donc s'interroger sur la responsabilité de ceux qui ont placé Marianne Denicourt dans une situation impossible, pour satisfaire leur propre vindicte contre Desplechin. STirilly
sans parler de l'histoire du procès (cf post suivant) !
Rédigé par: stéphane tirilly | 04/06/2007 at 00h29
mardi 4 avril 2006
L'actrice Marianne Denicourt, qui accusait Arnaud Desplechin d'avoir exploité des éléments de sa vie privée pour son film "Rois et reine", a été déboutée par le TGI de Paris, a-t-on appris ce 4 avril.
La comédienne Marianne Denicourt, qui poursuivait le cinéaste Arnaud Desplechin devant le Tribunal de Grande Instance de Paris [Lire notre article], a été déboutée, a-t-on appris ce mardi. L'actrice accusait le réalisateur d'avoir voulu lui nuire en exploitant des éléments de sa vie privée dans Rois et reine (Prix Louis Delluc 2004), à travers le personnage de Nora, interprété par Emmanuelle Devos.
"Une oeuvre de fiction"
La 17e chambre du TGI, présidée par Anne-Marie Sauteraud, fait remarquer dans son jugement, rendu hier lundi : "Tout en soutenant qu'elle peut être identifiée par le spectateur au personnage de Nora, la demanderesse relève elle-même le défaut de ressemblance de ce prétendu portrait et, spécialement, les très nombreuses différences qui rendent particulièrement aléatoires ces identifications." Sur la frontière réalité/fiction, le tribunal ajoute : "S'il est incontestable qu'Arnaud Desplechin, comme le souligne également la critique, a construit ce film autour de sa propre personnalité, de ses obsessions, de son histoire et de celle de ses proches, qu'il n'a pas hésité à s'annexer, il a créé une oeuvre de fiction qui ne saurait se réduire aux identifications alléguées en demande", explique le jugement. L'avocat de Marianne Denicourt Jacques Bitoun, qui avait évalué le préjudice de sa cliente à 200 000 euros a réagi en estimant que "la position du tribunal [était] contraire aux faits". Il n'a pas précisé si l'actrice, actuellement à l'étranger, souhaitait faire appel de cette décision... qu'examinera sans nul doute avec attention Eva Joly. La célèbre juge d'instruction a en effet exprimé son intention de saisir les tribunaux après s'être reconnue dans L'Ivresse du pouvoir de Claude Chabrol.
Rédigé par: stéphane tirilly | 04/06/2007 at 00h31