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  • Ce blog est le seul moyen que Turquois a trouvé pour être Directeur. En l'occurence, de la publication. C'est lui qui fait tout ici, sauf le ménage. Toutes les nuits, ces pages sont repeintes en bleu ; au petit matin, toutes les lettres des notes sont trempées dans la vanille. Ces opérations sont effectuées par les équipes de Sixapart SA, dans leurs bureaux du 48 rue de la Bienfaisance 75008 Paris (01 45 61 20 85). Si vous voulez me contacter pour me faire des compliments, c'est facile, j'ai Internet.

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janvier 2008 notes

Fraude à la Société Générale

- Tu as entendu ? La Société Générale a été victime d’une fraude qui lui a coûté près de 5 milliards.
- Comment c’est possible, une somme aussi importante ?
- A cause d’un employé dont les opérations risquées sur les marchés à terme ont dérapé.
- …
- Le type est en garde-à-vue à la Brigade financière. Je n’aimerais pas être à sa place. Bouton, le PDG, l’a qualifié de « terroriste ».
- UN type ??!!
- Oui. Disons que ce doit être un enchaînement de circonstances malheureuses, comme la chute des marchés, et un raté des procédures de contrôle internes.
- Quand même, un type ! 5 milliards ! L’an dernier, Berthier s’est fait virer pour avoir piqué 10 000 euros dans la caisse à la boîte. Déjà, on était impressionnés. En fait, c’était peanuts. Il aurait fallu que sa mère accouche 500 000 fois pour atteindre le même résultat. Légion d’honneur la mère Berthier.
- …
- Oui. C’est vrai qu’il aurait encore fallu que tous les enfants s’entendent. Bonjour, les notes de téléphone. Et puis dans un groupe, t’en as toujours un qui traîne les pieds ou qui change d’avis à la dernière minute. 5 milliards !!
- …
- 5 milliards d’euros ? On pensait pourtant que c’était un crack en informatique Berthier. On pouvait pas savoir pour sa mère.
- …
- Pauvre Berthier.
- …

XXI - N°1 - Hiver 2008

Xxi

Le premier plaisir que donne XXI est celui d’avoir en main une revue épaisse, au papier robuste et à l’odeur d’encre noire. Près de 200 pages sans publicité qui rappellent certains albums que nous feuilletions lorsque nous étions enfants. Les proportions sont idéales et donnent envie d’emmener le volume partout avec soi, de le potasser encore et encore, de venir et revenir à ses pages, nombreuses et fournies, sobres et claires. XXI est une nouvelle revue trimestrielle lancée par Laurent Beccaria, éditeur, et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste ; souhaitant privilégier « l’information grand format » et se plaçant sur la seule ligne qu’affectionnait Albert Londres, « celle du chemin de fer », elle propose de longs articles, un portfolio et une bande dessinée de reportage.

XXI s’inscrit dans le temps. Celui qui est nécessaire au journaliste pour traiter autant qu’il le souhaite son sujet sur le terrain, puis rédiger en choisissant ses mots sans les compter. Ce temps est aussi celui dont le lecteur aura besoin pour se plonger dans les histoires proposées, un lecteur qui a pris l’habitude de lire des journaux gratuits creux, dont les titres annoncent la pâle couleur, ou des blogs où il convient de faire court pour ne pas faire fuir. Ici, s’il s’agit bien de journalisme, il n’est pas question de résumer mais de conter, XXI vise l’immersion de son lecteur et rejette la synthèse sèche. C’est là le deuxième plaisir de cette revue, composée non pas d’articles mais de récits au long cours, de portraits buissonniers, faisant la joie de ceux qui apprécient les textes qui les prennent par la main pour une échappée en caractères d’imprimerie.

Ce premier numéro de XXI comprend un dossier fourni sur la Russie, un portrait de Michel Onfray, un entretien avec Bronislaw Geremek, des articles sur la France de la désobéissance ou l’IRA, entre autres ; il est en vente à 15 euros dans les bonnes librairies. Impossible de passer à côté de la couverture créée par Beb-Deum pour l’occasion dans les rayons (et avec laquelle je me suis amusé pour la photo) ; aucune raison de le faire d’ailleurs, tant elle annonce de belles soirées de lecture. Espérons que le temps suffisant sera donné à XXI pour s’installer à une place laissée vacante depuis longtemps dans la presse française ; pour l’y aider, un bulletin d’abonnement est disponible dans la revue, ou sur le blog qui a été ouvert au début du mois de janvier.

Paris clouds

Bruce Springsteen - The river

Bruce Springsteen, in the streets of... Copenhagen. Bon week-end.

La Maison du retour - Jean-Paul Kauffmann

La_maison_du_retour

A priori, il paraît étrange de s’isoler dans une maison de campagne délabrée lorsque l’on vient de passer trois ans retenu en otage, en l’occurrence au Liban. C’est pourtant le choix que Jean-Paul Kauffmann a fait après sa libération en 1988. A la recherche d’un lieu pour reprendre ses esprits, il finit, après de nombreuses visites infructueuses, par acquérir dans les Landes une « maison dans la clairière », ancien bordel durant la guerre mais inoccupée depuis. La Maison du retour est le récit calme et posé des longs mois de travaux qui seront nécessaires pour remettre la bâtisse en état. Ces mois, l’auteur décide de les vivre sur place, moins pour suivre les gestes des deux maçons taiseux qui s’activent devant les murs humides que pour s’imprégner des lieux, renaître à un monde dont d’autres l’ont privé trop longtemps.

Ce livre est un immense plaisir de bout en bout, plaisir qui se prend sans précipitation mais sans détour non plus, tellement les pages filent doux et vite entre les doigts. Il y est question d’arbres anciens et d’oiseaux, de plantations, de chevreuils curieux et de crapauds bleus. Kauffmann passe ses journées à contempler ou arpenter, selon le temps qu’il fait, son nouvel espace vital. Il fume un cigare devant le soleil qui se couche, avant de se plonger à la fois dans Virgile et son lit de camp.

Il s’en passe peu mais on ne s’en lasse pas tant l’écriture est plaisante, simple et polie. De plus, ne rien faire est un art qui demande une application et une organisation rejetant tout ennui. Contrairement à ce que ses amis pensent, la motivation du nouveau propriétaire de La Maison du retour n’est « pas l’isolement mais la solitude ». Au milieu de ses pins, il croise donc quelques personnages, dont il dresse des portraits à la fois drôles et graves : Lapouyade, l’agent immobilier, Urbain, l’architecte, et son voisin, ainsi que sa femme et la sœur de celle-ci, amateur comme lui de grands bordeaux. La Maison du retour est à lire d’urgence sans se presser, pour se recentrer sur quelques-unes des choses essentielles de la vie, comme on ouvre les volets un matin de printemps pour se laisser surprendre par sa propre envie de vivre.

Tout est possible

20081_2

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