Bleu Pétrole - Alain Bashung
Six secondes, c’est le temps qu’il faut pour aimer le dernier album d’Alain Bashung, Bleu Pétrole. Six secondes, deux accords de guitare et deux vers : « Je t’ai manqué ? Pourquoi tu me visais ? » On est à peine assis que la messe est dite, à défaut d’être encore entendue. Musicalement, Je t’ai manqué et Résidents de la République, les deux premières chansons de Bleu Pétrole, écrites par Gaëtan Roussel de Louise Attaque, sont d’une efficacité redoutable, irrésistible. Impossible de ne pas tracer à travers la plaine lorsque leurs refrains s’enclenchent : « Et si l’on disait le contraire » ou « Hier on se regardait à peine ».
Tant de nuits, malgré sa boîte à rythmes, s’inscrit dans la même veine. Si l’on n’aimait pas autant La nuit, je mens, si l’on ne pensait pas qu’il s’agit sans doute de l’une des plus belles chansons jamais écrites, on reconnaîtrait qu’il y a des copeaux brillants de celle-ci dans l’admirable refrain de celle-là : « Des armées insolites/Et des ombres équivoques/Des fils dont on se moque/Et des femmes que l’on quitte ». Comment ces rythmes et ces sonorités peuvent-ils nous connaître aussi bien ? Comment des mélodies écrites par d’autres, Armand Méliès et Alain Bashung en l’occurrence, peuvent-elles se lover aussi pleinement au creux d'envies que l'on ne se connaissait pas quelques secondes plus tôt ? Comment remercier pour ça, aussi ?
Vient ensuite Hier à Sousse, transition mineure, que l’on imaginerait bien chantée par Jacques Dutronc, avant les deux morceaux inédits écrits, avec Armand Méliès pour le premier, et composés par Gérard Manset : Vénus et Comme un lego. La première est plus parlée que chantée par Bashung mais Manset, comme Roussel, parvient à emporter l’auditeur sur son aile grâce à un banjo que l’on ne voit pas venir, qui rode pourtant dès le début de la chanson, et qui ouvre soudain un chemin évident et limpide. Vénus et Comme un lego forment un diptyque évoquant les splendeurs et misères de nos vies si riches, si minces, passées entre « pommes d’or, pêches de diamants » et « dard venimeux » ou « socle trompeur ». Pour Manset, nos existences ne sont qu’un « jeu, terrible, cruel, captivant » et dans cette prière sans illusion qu’est Comme un lego, le plus beau vers est peut-être celui qui n’est pas écrit : « Pourquoi ne me réponds-tu jamais ? » interroge-t-il le créateur possible du jeu en question ; suivent quelques éloquentes mesures sans paroles…
Gaëtan Roussel revient ensuite pour les trois dernières chansons inédites (1). Sur un trapèze et Le secret des banquises balancent une nouvelle fois leurs airs accrocheurs sur des textes qui – cela vaut pour tous ceux écrits par Roussel – s’ils ne sont pas aussi hermétiques que ceux de Fauque sur les albums précédents – n’oublions pas surtout qu’avant, il y eut Boris Bergman – peuvent, dans un premier temps, s’écouter sans se comprendre avec plaisir. Je tuerai la pianiste réunit pour sa part Manset au texte, Roussel et Bashung à la musique, une chanson qui a la fièvre meurtrière, dont la pression monte sous les guitares et les coups de batterie, une chanson psychopathe qui tourne en rond comme un cheval fou. « Je suis un indien, je suis un apache ». Bleu Pétrole est une immense réussite, qui devrait plaire bien au-delà du public habituel de Bashung. Précipitez-vous.
(1) Bashung reprend également Suzanne de Léonard Cohen et Il voyage en solitaire de Gérard Manset, reprises qui, malgré la grandeur des chansons originales, n’apportent rien à l’album.






Voici qui donne envie d'acheter le cd de Bleu pétrole plutôt que l'écouter d'un coin à l'autre du net, à la sauvette! ça s'appelle faire l'article;), bravo c'est réussi!
Cet hiver j'avais découvert "Route Manset", un album de reprises à tomber(pochette de Bilal), sorti en 96 et je me disais que ce type était finalement génial, sauf sa voix, sa façon de chanter qui usent, m'usent, ou se sont usées... Bashung y était très à l'aise dans "Animal on est mal", une chanson taillée comme un gant pour lui. Je te recommande ce cd si tu ne le connais déjà.
(ah j'oubliais, c'est Murat qui fait l'entame avec "Entrez dans le rêve"!)
Rédigé par: marie.. | le 06 avril 2008 à 14h36
Super l(t)a photo, je me demande si elle n'aurait pas fait une meilleure pochette que l'Alain de trois-quart dos sur fond sépia...
Rédigé par: marie.. | le 06 avril 2008 à 14h41
On est d'accord....totalement d'accord.
et cette photo est très belle
Rédigé par: mrsclooney | le 07 avril 2008 à 10h23
marie.. et mrsclooney > Content que vous soyez contentes ! J'aime bien Murat aussi. Ou j'ai beaucoup aimé à une époque (celle du Col de la Croix Morand) et on s'est perdus de vue depuis. Merci pour ce que vous dites de ma photo :) Je vais voir Bashung vendredi soir. J'espère en reparler.
Rédigé par: Turquois | le 07 avril 2008 à 19h00
Tu lui proposes de changer sa pochette?
Rédigé par: marie.. | le 07 avril 2008 à 19h30
Je vais essayer ;)
Rédigé par: Turquois | le 07 avril 2008 à 21h35
;)
Rédigé par: marie.. | le 07 avril 2008 à 22h28
Merci pour cette chronique fort bien documentée. Je ne l'ai pas encore écouté, mais ça ne saurait tarder, étant fan de presque la première heure...
Rédigé par: Richard G. | le 07 avril 2008 à 22h44
Bonne écoute alors.
Rédigé par: Turquois | le 09 avril 2008 à 23h08
Je l'ai dans les zoreilles en ce moment même, c'est du très bon Bashung très très bon même.Me reste à aller le voir pour tout dire
Rédigé par: Didier | le 23 avril 2008 à 10h14
Très très bon oui. N'hésitez pas à aller le voir.
Rédigé par: Turquois | le 25 avril 2008 à 22h45
je viens commenter après la bataille
mais l'avantage des blogs c'est que l'on peut s'y promener à loisir
cet album me hante dès la première écoute
et quelle chance d'avoir pu découvrir ces chansons et Bashung en scène! je ne l'ai jamais vu! je ne l'ai découvert que récemment (depuis 4 albums environ)
bon je file, ciao ciao
Rédigé par: Laurent | le 10 juin 2008 à 22h25
Merci Laurent pour ce commentaire. La bataille n'est pas terminée ! J'écoute encore souvent ce disque et Bashung est en plein concerts de l'Olympia. Il doit aussi chanter aux Francofolies cet été, et ailleurs (?) si tout va bien.
Rédigé par: Turquois | le 11 juin 2008 à 09h25
Très "beau" ce blog.
Esthétisme et concision; bravo.
Une somnambule...
Rédigé par: Virginie | le 29 juin 2008 à 00h24
Très "beau" ce blog.
Esthétisme et concision; bravo.
Une somnambule...
Rédigé par: Virginie | le 29 juin 2008 à 00h24
Très "beau" ce blog.
Esthétisme et concision; bravo.
Une somnambule...
Rédigé par: Virginie | le 29 juin 2008 à 00h24
Une triple somnambule---
Au nom des lecteurs soyez la bienvenue.
Nous laisserons l'auteur (privilège du PRINCE), aidée par M---e sa fidèle aide de camp, nous commenter d'autres faits d'armes et vous adouber comme nouvelle lectrice.
signé: le valet de maître T
Rédigé par: jl | le 29 juin 2008 à 09h01
Virginie > Merci ! :)
jl > Tu es très en forme dès 9 heures, c'est beau ! Par contre, tu as du mal à taper les noms et les prénoms, j'ai l'impression non ? Trezeguet encore, c'est compliqué mais Marie c'est plus simple ;)
Rédigé par: Vincent | le 29 juin 2008 à 11h13
V-----t: nous sommes en 2008: 1942 c'est loin la délation c'est fini, c'est pourquoi les prénoms sont f-----s!!!!
Rédigé par: jl | le 29 juin 2008 à 22h48
Bonjour,
Nous aussi avons chroniqué ce disque:
http://www.desoreillesdansbabylone.com/2008/07/alain-bashung-bleu-ptrole-2008.html
Musicalement,
Ju
Rédigé par: Ju | le 23 juillet 2008 à 11h01
Je voulais juste remercier pour l'article parce qu'il incite vraiment à sauver l'album du téléchargement !
Je l'ai acheté direct à sa sortie chez ma malle à disque favorite et j'ai eu à peine le temps d'ouvrir le coffret que j'étais en transe... 17 ans que j'écoute Bashung et j'écouterais longtemps encore...
Un disque parfait pour un voyage en voiture qui durerait 50 minutes et 31 secondes... Et pourquoi pas l'écouter en boucle ?!
Rédigé par: Roxanne | le 29 juillet 2008 à 12h04
En boucle, c'est exactement ça que je fais depuis quelques mois ;)
Rédigé par: Vincent | le 31 juillet 2008 à 19h09
SAUVE: Le BLOGMaster est de retour
Rédigé par: JL | le 31 juillet 2008 à 21h09