Un Pedigree - Edouard Baer
Dans une sorte de haut hangar désaffecté, entre des murs de béton gris, au milieu d’un petit désordre, Edouard Baer donne lecture d'Un Pedigree de Patrick Modiano. Le plus souvent assis derrière ou sur le simple bureau de bois posé dans la pièce, décoré d’une unique lampe verte, il parcourt ses feuilles volantes, les classe et les range visiblement sans chercher à en respecter la chronologie mais sans s’y perdre pour autant. Tous ces papiers sont les multiples pièces du puzzle que Modiano tente de reconstituer dans Un Pedigree. Un puzzle fait de bribes de discussions, de voix étouffées derrière les murs, de noms mystérieux et empruntés, de solitude et de peines confondues. Edouard Baer se tient la tête pour en faire jaillir les souvenirs d’un autre, étalés sur ce bureau qui pourrait être aussi bien celui d’une salle d’interrogatoire que celui d’un maître d’internat.
Derrière lui, au fond, une porte aux grands battants de bois s’ouvre petit à petit, signifiant sans doute la longue émancipation douloureuse du petit Patrick, ignoré par ses parents et pourtant si souvent sollicité, accusé, réprimandé, malmené, jusqu’à l’écriture de son premier roman, La Place de l’étoile. Cette porte constitue le seul élément de mise en scène durant cette lecture d’un peu plus d’une heure. Malgré, ou grâce, à cette absence d’artifice, Edouard Baer est convaincant dans son interprétation des failles modianesques car il est de ces bouffons dont on imagine assez bien que l’humour ne leur est pas venu sans raison. Sur la scène du Théâtre de l’Atelier, il fait rire avec trois ou quatre phrases, presque contre son gré, mais reste d’une sobriété bienvenue, au service d’un texte qui tient autant du rapport d’enquête que de la mise au point intime et définitive.
Au final, l’acteur remercie comme s’il était gêné de ces applaudissements, rebondissant d’une jambe sur l’autre, et salue l’auteur, en tournant ses mains vers le bureau de bois, où ses souvenirs respirent encore doucement.






J'ai vu la grande porte, J'ai vu les murs couleurs "gris-entrepôt"...
Mais c'est Clémentine Célarié et l'amour que j'y ai trouvé...
Pour Baer, je ne sais pas si c'est toujours d'actualité mais c'est tentant aussi.
je continue ma balade chez vous.
Rédigé par: magda | le 27 mai 2008 à 11h05
Edouard Baer joue les prolongations jusqu'au 28 juin ! Merci pour votre visite.
Rédigé par: Turquois | le 28 mai 2008 à 00h10