A l’origine, le scénario de Fragile(s) comprenait trois histoires différentes, que Martin Valente avait données à lire séparément aux acteurs devant les interpréter : des histoires de solitude, de lassitude, de vies qui patinent ou qui dérapent, mais surtout d’êtres humains qui n’ont pas dit leur dernier mot. A l’écran, ces histoires se mêlent et s’entrelacent par le biais d’un montage alternant. Ce dernier, au début, agace presque, tant il zappe de l’un à l’autre sans laisser le temps aux nombreux personnages de s’installer. Toutefois, le film avançant, Martin Valente offre davantage d’images de chacun au spectateur et l’on comprend que les petites pastilles du début n’étaient que l’esquisse d’une œuvre en construction, les premières touches de couleur d’un tableau qui se peint petit à petit sous nos yeux, dans un doux mariage de teintes, d’ombres et de lumières.
Sur la toile de l’écran, six personnages principaux. Ils sont tous un peu paumés, perdus, arrêtés sur le bord de la route ou embarqués sur le mauvais chemin. Ils se sont fait doubler par la vie. Par miracle, un jour, celle-ci fait demi-tour et leur donne une chance, une chance de continuer, pas forcément plus vite, pas forcément ailleurs, mais moins seuls. Ils sont beaux et formidablement interprétés ces personnages : Vince (Jacques Gamblin), qui n’en peut plus d’être fort, Hélène (Caroline Cellier), en grand-mère contrainte, Paul (François Berléand), extraordinaire en réalisateur désabusé, Yves (Jean-Pierre Darroussin), que même l’affection d’un chien effraye, Nina (Marie Gillain), qui doit s’accrocher pour décrocher, ou Sara (Sara Martins), qui se croit transparente parce qu’un regard, le plus important, lui a toujours manqué. Ils se frôlent sans se voir, non sans casse parfois, se voient sans se parler, se trouvent enfin, dans un chassé-croisé des grandes errances. Ces rencontres qui se nouent, Martin Valente a la subtilité et la pudeur de ne pas les conduire à des termes trop convenus. Elles ne sont que les conditions pour que d’autres soient possibles, plus essentielles encore.
Sur une musique très présente, qui fait beaucoup pour le charme du film, Martin Valente cadre uniquement ses acteurs. Pas ou peu de plans de situation dans Fragile(s). Les villes, Paris ou Lisbonne, n’apparaissent qu’en arrière-plan, ce qui nous rend d’autant plus proches et presque intimes avec ceux qui souffrent sur l’écran, qui rient, qui tombent – Martin Valente fait symboliquement se vautrer trois de ses acteurs durant le film – mais qui se relèvent et en qui l’on se reconnaît forcément, les yeux embués. Jusqu’à ce dernier plan que le réalisateur choisit de ne pas voler à Yves. La pudeur, je vous dis.
Vous pouvez voir la bande-annonce si vous le souhaitez. Je préfère pour ma part ajouter les premières images du film. Le film sort le 20 juin, mercredi prochain.















Les commentaires récents