Loire-Atlantique
- Dans le sens des départs (8)
A Saint-Nazaire, ceux qui ont un parapluie sous la bruine ne sont pas
de Saint-Nazaire. Là-bas, la pluie n’est ni une péripétie, ni un
contretemps ; elle fait partie du décor mais ne fait pas fondre. Le
matin, sur le boulevard Albert 1er, les retraités prennent le frais
sous les gouttes sans sourciller. Plus tard, les collégiens reviennent
du McDo sous l’averse comme si de rien n’était, les cheveux collés au
front et les bouches jointes, où se déchaînent d’autres tempêtes. A son
tour, on avance donc la tête au vent, le pébroc protégeant l’appareil
photo, observé par des autochtones humides, la parka bien vite trempée
mais
le corps en mouvement, entre les coques, les paquebots, les grues et
les cargos, au milieu des cris des mouettes et des plaintes de l’acier
sous les presses, derrière la tôle des ateliers. Au fond d’un bassin,
le Poesia est terminé et les premiers membres de l’équipage italien
viennent le découvrir avec ferveur ; les yeux levés au ciel, ils
admirent sa robe blanche et sa cheminée qui fume déjà ; pour un peu, on
se croirait place Saint-Pierre. En face, dans la forme Joubert, le
Jasmine Knutsen est en cale sèche pour maintenance. Sous sa coque
immense, deux playmobils minuscules donnent une idée de la taille du
tanker, si haut et démesurément long. Face à ce monstre, on ne souhaite
qu’une chose, qu'il ne se rompe jamais, ni en mer, ni dans
l’estuaire.










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