LE CALICE JUSQU’A L’ITALIE
Au début, comme dans un film d’horreur, il y avait des jeunes gens, plus jeunes que d’habitude, qui couraient dans un pré. Les oreilles au vent, ils gambadaient plutôt bien, insouciants, avec l’air de ceux qui sont venus prendre du bon temps. Govou, Ribéry, Henry et Benzema s’échangeaient les ballons comme on se lance des sandwiches poulet/mayonnaise. L’air était humide mais le pique-nique douille c’est toi l’andouille qui n’ira pas en quarts semblait pouvoir bien se passer. Soudain, dans un éclair, Abidal rata une balle en défense centrale et Toni, malgré son échec devant Coupet, lança un regard de tueur. Ne l’ayant pas vu, les Bleus reprirent leurs courses folles comme si de rien n’était, inconscients du danger qui les menaçait. Et c’est d’ailleurs sur l’une de ces accélérations que tout bascula. Dès la 7ième minute, Ribéry planta sa cheville dans le sol en bousculant Zambrotta, avant de s’en aller terminer son Euro à l’hôpital. Le carnage avait commencé. A la 23ième, le sang jaillit du carton présenté par l’arbitre à un Abidal dont la sortie n’était pas catastrophique en elle-même. Mais Pirlo marqua son péno. Et Raymond sortit Nasri qu’il venait de faire rentrer pour le remplacer par Pafsong (Boum, c’est un peu exagéré pour lui). Tout devint alors plus compliqué, très compliqué, trop compliqué.
Le pique-nique de la mort qui tue passa de l’horreur à la farce, au grand n’importe quoi. Les Bleus furent incapables de se révolter, alors que les Italiens étaient transparents. Incapables de se redresser, incapables d’y croire un peu, d’y croire encore. Et 11 transparents valent mieux que 10 absents ayant la tête ailleurs. La tête à quoi ? La tête à toto bien sûr. Un zéro, deux zéros et trois zéros. Rien, que dalle, tant pis pour les casse-dalles. Il y avait plus de mouvement dans la tête de Thuram et la cuisse de Viera sur le banc qu’entre les lignes françaises. On en a pourtant vu des équipes enflammer des matches après avoir été réduites à dix. Ce soir, Benzema décrochait mais à chaque fois, c’était une erreur ; une fois, une fois seulement, l’un de ses tirs permit à Buffon de se dégourdir. On pourrait écrire que ce match nous a presque fait regretter l’absence de Malouda mais les conneries ont été assez nombreuses ces dernières semaines pour ne pas en écrire de nouvelles. Cette Equipe de France n’en est plus une, elle n’existe plus. La feuille de match doit être passée à la broyeuse. Il faut oublier – tout peut s’oublier – les hiérarchies d’usage, décrocher les cadres, brûler les prés carrés et donner les clés à quelqu’un qui manie autre chose que le second degré – et ce n’est pas une question de diplômes. Il faut repartir de zéro. C’est facile, nous y sommes.
Il faudra aussi apporter quelques explications. Il faudra expliquer pourquoi Mexès est en vacances à l’heure qu’il est. Il faudra expliquer pourquoi la cuisse de Viera était presque guérie avant Roumanie-France alors qu’en fait, non. Il faudra tirer les choses au Clerc, et lui demander pourquoi il ne sait pas centrer. Il faudra nous dire pourquoi l’objectif était de ne pas perdre contre la Roumanie parce qu’il s’avère que finalement, cela n’a pas suffit. Il faudra enfin essayer de nous faire comprendre comment un sélectionneur national peut, après une soirée aussi cauchemardesque et pour toute analyse de l’immense gâchis étalé sous nos yeux, se dire fier de l’effort fourni par son équipe et, surtout, demander sa compagne en mariage. Raymond, la réponse est non.












Les commentaires récents