Dans La belle créole, Maryse Condé développe l'histoire de Dieudonné, jeune Antillais récemment acquitté du meurtre d'une békée d'un âge respectable, qui se trouvait être sa bonne amie. Le cadre est celui d'une île qui n'est pas nommée mais qui pourrait être une Guadeloupe à la dérive, abandonnée par les touristes, livrée aux milices privées et aux chiens errants, rationnée en électricité et asphyxiée petit à petit par les grèves incessantes.
Quand on prend tous les jours son ti-punch face à la mer, que l'on va à la plage comme on boit un verre d'eau ou que l'on achète en touriste ses croissants en bord de mer, le choc est rude. Malheureusement, la description ne semble pas surréaliste. C'est comme si Maryse Condé* avait simplement caricaturé son île, la caricature étant l'art, rappelons-le, d'accentuer les traits déjà existants les plus marquants, ici le chômage, les grèves, la chaleur, les oppositions entre les gens selon leurs origines, l'insécurité… Souhaitons qu'il ne s'agisse pas d'une prémonition et que la Guadeloupe saura seule, mais aussi grâce à la métropole, se garder des démons qui l'habitent.
Plus globalement, je constate que les livres d'écrivains Antillais que j'ai déjà lus ou les films que j'ai vus sont dans l'ensemble plutôt marqués par un pessimisme ou une désolation systématiques. Je comprends pourquoi, je connais l'histoire de ces pays et je devine quelles sont, aujourd'hui encore, les conditions de vie de certains. Pour autant, existe-t-il des œuvres joyeuses, sans être béates, vivantes et réalistes ? Si vous avez des noms à me donner, je suis preneur.
Je ne pourrai pas vous envoyer l'exemplaire de La belle créole que j'ai lu. Il appartenait à la maison où j'ai passé deux semaines de vacances ; je l'y ai laissé.
*Guadeloupéenne née en 1937, enseignant aujourd'hui la littérature à New York et ayant récemment présidé le Comité pour la mémoire de l'esclavage.
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