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  • Ce blog est le seul moyen que Turquois a trouvé pour être Directeur. En l'occurence, de la publication. C'est lui qui fait tout ici, sauf le ménage. Toutes les nuits, ces pages sont repeintes en bleu ; au petit matin, toutes les lettres des notes sont trempées dans la vanille. Ces opérations sont effectuées par les équipes de Sixapart SA, dans leurs bureaux du 48 rue de la Bienfaisance 75008 Paris (01 45 61 20 85). Si vous voulez me contacter pour me faire des compliments, c'est facile, j'ai Internet.

Notes de la catégorie "Musique"

L'Idéal - Barbara Carlotti

Lideal

La longue dame blonde est de retour. Après Chansons et Les Lys brisés, le dernier disque de Barbara Carlotti se nomme L’Idéal. Programme ambitieux s’il en est, d’autant plus que l’apparition de sa voix claire et posée, notamment avec Cannes, avait déjà marqué bien au-delà des esprits. La surprise en moins, on se glisse de nouveau avec grand plaisir dans cet univers délicat au sein duquel la chanteuse flotte avec l’élégance des femmes du monde décoiffées. Un univers fait de « lieux sublimes », « de fruits et de soleil », de « plaisirs futiles », de guitares sèches, de cuivres gais et de quelques flûtes qui semblent sorties d’une chambre du Chelsea Hotel. Auteur et compositrice de la majorité des titres, Barbara Carlotti fait claquer dans L’Idéal ses talons hauts sur les terrasses en étages de la chanson française. Un verre à la main, elle déambule en souriant entre les invités qui chuchotent, leur demande de « faire quelque chose pour la nature », regrette les printemps tardifs mais elle n’hésite pas à faire trinquer ceux qui ne savent pas se tenir, comme ces Femmes en zibeline, qui portent « des animaux morts/qui caressent leurs corps ». L’Idéal parle aussi de l’amour, mais de celui qui est entre parenthèses, celui qui n’est pas partagé, dans la jolie Bête farouche, ou celui dont on rêve. Pas de l’amour idéal. Barbara Carlotti n’est pas une chanteuse vulgaire.

Alain Bashung - Chorus 2008

Bashung

Les musiciens sont déjà en place lorsqu’il arrive. Une silhouette sombre dans la lumière blanche, comme un flamant noir perché sur ses longues pattes, coiffé d’un chapeau et de lunettes de soleil. Noire aussi, la guitare qu’on lui tend avant qu’il ne s’assoit sur un tabouret. « Bonsoir », lance l’homme au public ; il est 22 heures et Bashung entame son concert avec Comme un Lego, l’une des chansons écrites par Manset pour Bleu Pétrole. Neuf minutes adressées depuis ce « grand terrain de nulle part » au « noir sidéral ». Un pari casse-gueule, ceux qui attendaient l’heure des concessions pourront repasser. Suivent Je t’ai manqué et Hier à Sousse, plus puissante à la scène qu’au studio.

Du dernier album, Tant de nuits, le guilleret Secret des banquises et les deux reprises Suzanne et Il voyage en solitaire seront les seules à ne pas être au rendez-vous. La voix est claire et forte quand il le faut, plus douce à d’autres instants, avec ces petites variations qu’on lui connaît, ces petits dérapages élégants et maîtrisés. Bashung ne parle pas entre les chansons. Il lève son verre d’eau en réponse à un « Bravo Alain ! » lancé par la salle. Bashung est concentré comme un funambule qui n’aurait plus d’équilibre hors de son fil.

La nuit, je mens. La batterie ne commence qu’au deuxième refrain, plus tard que sur le disque. Mais les frissons sont là. « D’estrade en estrade/J’ai fait danser tant de malentendus/Des kilomètres de vie en rose ». Cette phrase existe donc bien. Samuel Hall et What’s in a bird secouent les fondations de l’Arche de la Défense et un public au sein duquel beaucoup étaient surtout venus pour voir. Les chansons les plus applaudies sont sans surprise Osez Joséphine, impeccable puis, durant le premier rappel, Madame Rêve, magique, et Vertige de l’amour, rajeunissant. Juste avant, les fans se lèvent et viennent occuper le devant de la scène, surprenant Bashung qui revient à sa place.

Deuxième et dernier rappel, seul, guitare à la main. Angora de Fantaisie militaire : « Le souffle coupé/La gorge irritée/Je m'époumonais/Sans broncher ». Plus personne ne bouge. Nights in white satin : « And I love you ». La foule répond par ses applaudissements et sûrement aussi par quelques mots dans les premiers rangs. « Mais moi aussi je vous aime » laisse alors échapper le flamant noir en se retirant, la voix floue pour la première fois de la soirée. Minuit. La salle se rallume pendant que les mains s’éteignent inexorablement. Sur la scène vide, le micro de Bashung est toujours éclairé.

Bleu Pétrole - Alain Bashung

Bashung

Six secondes, c’est le temps qu’il faut pour aimer le dernier album d’Alain Bashung, Bleu Pétrole. Six secondes, deux accords de guitare et deux vers : « Je t’ai manqué ? Pourquoi tu me visais ? » On est à peine assis que la messe est dite, à défaut d’être encore entendue. Musicalement, Je t’ai manqué et Résidents de la République, les deux premières chansons de Bleu Pétrole, écrites par Gaëtan Roussel de Louise Attaque, sont d’une efficacité redoutable, irrésistible. Impossible de ne pas tracer à travers la plaine lorsque leurs refrains s’enclenchent : « Et si l’on disait le contraire » ou « Hier on se regardait à peine ».

Tant de nuits, malgré sa boîte à rythmes, s’inscrit dans la même veine. Si l’on n’aimait pas autant La nuit, je mens, si l’on ne pensait pas qu’il s’agit sans doute de l’une des plus belles chansons jamais écrites, on reconnaîtrait qu’il y a des copeaux brillants de celle-ci dans l’admirable refrain de celle-là : « Des armées insolites/Et des ombres équivoques/Des fils dont on se moque/Et des femmes que l’on quitte ». Comment ces rythmes et ces sonorités peuvent-ils nous connaître aussi bien ? Comment des mélodies écrites par d’autres, Armand Méliès et Alain Bashung en l’occurrence, peuvent-elles se lover aussi pleinement au creux d'envies que l'on ne se connaissait pas quelques secondes plus tôt ? Comment remercier pour ça, aussi ?

Vient ensuite Hier à Sousse, transition mineure, que l’on imaginerait bien chantée par Jacques Dutronc, avant les deux morceaux inédits écrits, avec Armand Méliès pour le premier, et composés par Gérard Manset : Vénus et Comme un lego. La première est plus parlée que chantée par Bashung mais Manset, comme Roussel, parvient à emporter l’auditeur sur son aile grâce à un banjo que l’on ne voit pas venir, qui rode pourtant dès le début de la chanson, et qui ouvre soudain un chemin évident et limpide. Vénus et Comme un lego forment un diptyque évoquant les splendeurs et misères de nos vies si riches, si minces, passées entre « pommes d’or, pêches de diamants » et « dard venimeux » ou « socle trompeur ». Pour Manset, nos existences ne sont qu’un « jeu, terrible, cruel, captivant » et dans cette prière sans illusion qu’est Comme un lego, le plus beau vers est peut-être celui qui n’est pas écrit : « Pourquoi ne me réponds-tu jamais ? » interroge-t-il le créateur possible du jeu en question ; suivent quelques éloquentes mesures sans paroles…

Gaëtan Roussel revient ensuite pour les trois dernières chansons inédites (1). Sur un trapèze et Le secret des banquises balancent une nouvelle fois leurs airs accrocheurs sur des textes qui – cela vaut pour tous ceux écrits par Roussel – s’ils ne sont pas aussi hermétiques que ceux de Fauque sur les albums précédents – n’oublions pas surtout qu’avant, il y eut Boris Bergman – peuvent, dans un premier temps, s’écouter sans se comprendre avec plaisir. Je tuerai la pianiste réunit pour sa part Manset au texte, Roussel et Bashung à la musique, une chanson qui a la fièvre meurtrière, dont la pression monte sous les guitares et les coups de batterie, une chanson psychopathe qui tourne en rond comme un cheval fou. « Je suis un indien, je suis un apache ». Bleu Pétrole est une immense réussite, qui devrait plaire bien au-delà du public habituel de Bashung. Précipitez-vous.

(1) Bashung reprend également Suzanne de Léonard Cohen et Il voyage en solitaire de Gérard Manset, reprises qui, malgré la grandeur des chansons originales, n’apportent rien à l’album.

Thérèse - Chorus 2008

La 20ième édition du festival Chorus se poursuit. Voici quelques photos du concert de Thérèse ce midi.

Thrse

Arcade Fire - Bruxelles Forest National

Fire

Que c’est bon de se glisser dans la chaleur d’un concert dont on a déjà vu une représentation quelques mois plus tôt. Savoir d’où viendront les plaisirs, s’attendre aux surprises, retrouver ses marques pour mieux les perdre. De nouveau, deux premières parties à attendre puis le ballet des techniciens qui apportent les instruments, les accordent, rangent, ajustent, équilibrent, testent, tâtonnent, chatterton. Enfin, quelques notes de guitare et, comme prévu, c’est Keep the car running qui déboule en trombe sur la foule du Forest National, scandée par la dizaine de poitrines qui lui font face. Arcade Fire est au rendez-vous et occupe déjà tout l’espace d’une scène peut-être davantage éclairée qu’à Nîmes. Quelques secondes sont nécessaires pour se remettre de la claque que provoque cette arrivée ; les yeux ne sont pas assez vifs pour saisir l’ensemble du tableau au cœur battant qui s’anime dans les couleurs chaudes. Les « Oh, Oh, Oh… » s’enchaînent car, c’est bien connu, les chansons d’Arcade Fire sont des hymnes qui rendent aussitôt patriote et fidèle.

A Bruxelles, le public, de 8 à 65 ans, reste néanmoins bien sage, plus spectateur qu’acteur, davantage sympathisant que fan véritable. Win Butler a pourtant entamé le concert en lançant dans un sourire : « Ça va ? ». Moyen, sans doute. Comme cette guitare que le leader des Canadiens ne parvient pas à entendre sur Black Mirror, ce qui le conduit à manquer quelques paroles, occupé qu’il est à multiplier les gestes exaspérés vers la console des techniciens, attitude de fou furieux qu’il compense en adressant un petit sourire à la salle dès qu’il se replace devant le micro. L’énergie, lorsqu’elle ne vient pas du public, peut sans doute être trouvée dans la tension, surtout après 11 mois de tournée. Toutefois, ces centaines d’heures passées sur les routes, souvent aériennes, ne semblent pas avoir entamé l’enthousiasme de la troupe. Chacun se donne au public et s’offre aux autres membres sans calcul, ne retenant pas son plaisir de chanter, même si aucun micro n’est à portée. C’est peut-être un détail mais ça veut dire beaucoup. Arcade Fire est une association d’ID, des identités multiples et variées qui fusionnent avec rage et envie le temps d’un concert. Régine Chassagne s’extrait de ce melting potes à petits pas, la tête levée vers un micro branché sur les étoiles. Elle chante In the backseat la voix glissante et les yeux higher.

Puis, après le morceau de bravoure que constitue Antichrist Television Blues, Power out explose au cœur du Forest National. Direction la fosse, où il fait environ 70°C de plus que sur les gradins. Les mains sont levées, les cheveux sont mouillés, une onde parcourt le sol se frayant un chemin entre les jambes qui tremblent. « Feel free to stand up and dance » lance d’abord Win Butler aux travées amorphes puis « Get the fuck out of your seats » un rien plus énervé. Soudain, un tambour, un vrai, traverse l’espace au ralenti. Il passe en suspension devant les visages qu’il touche presque, pour finir sa course aux pieds des assis. Will Butler, le frère, le suit de près, partant à l’abordage des rangés, organisant la mutinerie et le repli des badgés. L’heure de la Rebellion a sonné. Liiiiiiies ! Chanter le plus fort possible, respirer un peu, chanter encore. Rendre ce que l’on reçoit, faire partie, suer pour se glisser dans l’air qui souffle des enceintes, laisser la musique faire le ménage en soi, lâcher prise pour ne plus se reconnaître.

Déjà les rappels, la fosse devient liquide. Intervention, chantée à la lumière des étincelles, et Wake up, la bienvenue, accueillie comme il se doit, reprise à corps et à cris, à hue et à dia. Encore une fois, une dernière fois. Wake up, un fruit dont le jus se régénère sans fin, une évidence que l’on ne se lasse pas de rappeler. Mais Arcade Fire quitte la scène et ne revient plus. On n’en revient pas, non plus.

A tes risques chez les Belges

Nowhere

J’étais pourtant venu faire la paix, enterrer les rancunes dans la terre humide du Bois de la Cambre, noyer les menaces et les ultimatums à l’alambic. J’étais venu alléger les restes de peine par des frites à la mayonnaise bien grasse. J’étais venu oublier que dix ans plus tôt, la Belgique m’avait menacé d’expulsion parce que je n’avais toujours pas trouvé d’emploi après un an de recherches infructueuses. J’étais pourtant ressortissant d’un autre pays de l’Union européenne et je ne touchais aucune somme de l’Etat belge. Au contraire, par ma présence, ma compagne, qui travaillait, dépensait deux fois plus tous les jours en nourriture, vêtements, transports, loisirs… J’étais venu rayer d’un coup de canif rouillé le souvenir du commissaire Machin-man qui, à l’exposé de la situation, avait lancé depuis son bureau absolument vide de tout papier ou objet : « Vous savez, moi, je ne suis pas payé pour réfléchir ». C’était il y a dix ans, à l’époque affreuse où l’on retrouvait des petites filles mortes dans les caves des maisons.

Bien loin de ces horreurs, j’étais surtout venu voir Arcade Fire, sans illusion sur ce que je pouvais encore attendre de ce plat pays. Alors quand je me suis levé au début de Power out, qui annonçait les quatre dernières chansons du concert, quand je me suis mis à danser enfin, après avoir gigoté sur mon siège, au bord de l’allée, et chanté comme un fou jusque-là, honnêtement, je n’ai pas été plus surpris que ça de sentir une main me taper sur l’épaule. Un type à badge me demandait de m’asseoir car il était interdit de se lever. A Bruxelles, il est donc interdit de se lever de son siège pour danser lors d’un concert de rock. Le fait est qu’à cet instant, j’étais le seul à être debout dans cette partie du Forest National. Personnellement, je n’avais entendu parler d’interdictions de danser durant les concerts qu’à propos de la Chine, et encore, c’était au siècle dernier.

J’avais deux possibilités : mettre mon poing dans la gueule de ce faux tueur de trouble ou rejoindre la fosse comme il m’y invitait. La fosse, à près de 40 ans, le risque n’est pas négligeable que la descente soit définitive. J’ai pourtant choisi cette deuxième solution avec le sourire, et aussi le secret espoir de leur laisser mon cadavre sur les bras. Une fois en bas, j’ai relevé la tête vers les gradins. Un spectateur dansait à son tour sur les marches ; à côté de lui, le cerbère lui demandait de s’asseoir mais l’autre continuait en le regardant, un grand sourire aux lèvres. Quelques secondes plus tard, il était remonté jusqu’à la sortie supérieure, attrapé par les bras, notre ami commun ayant appelé l’une de ses collègues à la rescousse.

Pendant ce temps, toujours dans Power out, Win Butler en était au moins à son troisième « Get off your fucking seats !!!!! », prêt à balancer sa guitare dès qu’il n’en aurait plus besoin, n’imaginant pas les lourdeurs qui maintenaient les gens assis. C’est finalement grâce à son frère Will, envoyé en détonateur avec son tambour dans les gradins à droite de la scène, que Win obtint satisfaction, faisant craquer les rotules de rangées entières et envoyant chier l’administration, toujours prompte à battre en retraite lorsque le rapport de force n’est plus en sa faveur. Comme j’étais venu faire la paix, j’ai plutôt pris cette nouvelle expulsion à la rigolade. Je riais d’ailleurs encore dans mon lit à deux heures du matin, alors que je cherchais le sommeil. Tout cela est très anecdotique, je le reconnais, comme ce pays qui n’en est plus un depuis longtemps, maintenu sous un respirateur qu’il faudra bien se résoudre à débrancher un jour.

Je ferai ultérieurement une note sur le concert en lui-même.

Arcade Fire et Bruce Springsteen

A Ottawa, Régine et Win Butler ont rejoint le Boss sur scène lors de son concert, pour interpréter StateTrooper  puis une chanson d'Arcade Fire. J'aime le "Oh my god" et les rires qui suivent de la spectatrice qui n'en revient pas d'entendre les premières notes de Keep the car running et de voir ce qu'elle voit.

Bruxelles, attends-moi j'arrive

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Tiens, grâce à Arcade Fire, j'ai couru 34 minutes 30 ce soir. Jusqu'à Ocean of Noise. Je n'ai pas écouté l'album Neon Bible mais la set list du concert de Nîmes. Ça c'est du blog !

Arcade Fire - Arènes de Nîmes

Dpp_0707230009_2 Avec tout cela, il est déjà 23 heures lorsque les Montréalais d’Arcade Fire investissent la scène des Arènes de Nîmes. Dès les premiers accords de Keep the car running, le train est sur les rails et, malgré les quelques petits problèmes techniques du début, plus rien ne peut l’arrêter, ce que confirment les versions euphorisantes de Laïka et No cars go. Côté voix, Win Butler rassure assez vite ses fans qui doutaient un peu ; son organe ne dérape en fait gravement que dans les aigus. De toute façon, le magma fou et délicieux qui coule des enceintes pardonne bien des approximations.

Question forme, le spectateur est quelque peu surpris. A peine éclairé, souvent par en dessous, Arcade Fire évolue plus dans l’ombre que dans la lumière. Difficile de voir des visages autrement que grâce aux petites caméras fixées devant les micros de chacun et dont les images sont diffusées sur de petites cibles rondes. Heureusement, tout le monde bouge dans tous les coins. On est un peu comme dans un théâtre, où la scène aurait été prise d’assaut par des permanents du spectacle. Ça se castagne aux percussions, ça tripote à la guitare, ça martèle à la batterie, ça ondule aux violons. Devant le rouge du rideau de fond, Arcade Fire joue la folie dans le velours.

Sur scène, les Canadiens donnent donc la même impression que sur leurs disques. Chacun est là et joue comme si son instrument méritait une punition. L’énergie est énorme mais la gravité aussi. Régine Chassagne est la seule, au-delà des remerciements de Win, à assurer les relations publiques de son joli sourire et de sa voix de petite fille, qu’elle emploie d’ailleurs en solo dans une reprise speedée de la Poupée de cire. Les mots échangés entre les différents membres semblent peu nombreux dans la pénombre. Pour un peu, on dirait qu’Arcade Fire n’existe pas en dehors de la musique, que ce sont les notes qu’ils se lancent à la figure qui les font groupe. Une alchimie lyrique, inspirée et éphémère. Mystérieuse aussi, comme un secret que l’on ne veut surtout pas percer tant il fascine.

Sur les gradins et dans la fosse, l’ambiance a nettement baissé depuis le début de ce dernier concert. C’est l’inconvénient des festivals où chacun ne vient pas voir que ceux qu’il aime. En l’occurrence, les ados fatigués par leurs gesticulations devant les singes de l’extrême Nord restent bien sages face aux Canadiens. Power out lance enfin les hostilités dans le public, qui, houspillé par Win Butler, lève ses bras pour les quatre dernières chansons. Il était temps. La Rebellion se poursuit quelques instants encore mais sonne déjà l’heure du rappel. Deux titres pas plus, après les 13 précédents. Intervention et Wake-up, incontournable et inévitable, incontourné et inévité, pris dans la gueule en gueulant, planté « le nez au ciel ».

Sous les étoiles, on se dit qu’on a vu Arcade Fire pour la première fois et que ce n’est pas la dernière. On se dit que cela se passe ici et maintenant, et que pour une fois, on va en profiter. Longtemps.

Une petite idée du concert ici. Il s'agit de celui de Lyon mais les vidéos sont bonnes, contrairement à celles de Nîmes, où les Arcade Fire n'ont d'ailleurs pas chanté (Antichrist Television Blues).

Sur Fabchannel.com, un concert est visible, daté du 11 mars 2005. Il suffit de taper Arcade Fire dans la zone de recherche et c'est parti.

Arctic Monkeys - Arènes de Nîmes

Dpp_0707230010 On a beaucoup dit sur les dangers de la musique écoutée trop fort, tant avec les baladeurs mp3 que lors des concerts. Il faudrait pourtant aussi reconnaître les bons côtés que ce type de pratique extrême peu avoir de temps en temps. Tenez, la semaine dernière, j’avais une oreille bouchée. La gauche, mais c’est un hasard. C’est donc en demi-spectateur que je me suis présenté aux Arènes dimanche soir pour la dernière soirée du Festival de Nîmes. Or le premier accord plaqué par Albert Hammond Jr en première partie a suffit pour rétablir la liaison entre mon oreille, ma gorge et mon nez. En un instant, j’avais retrouvé mes capacités auditives, ce qui m’a permis tout le reste de la soirée de craindre de les reperdre définitivement.

Le concert commença donc avec Albert Hammond Jr, par ailleurs guitariste des Strokes, qui lança gentiment la machine vers 20 heures. Il était accompagné par quelques post-ados échevelés, habillés avec les restes de leurs premiers costumes achetés par maman. Presque 30 ans quand même les gamins, longilignes, les bras collés au corps et les mains tenant les guitares, ils étaient du genre raide avec seulement la tête penchée pendant qu’ils grattaient leurs cordes. Ces 45 premières minutes n’étaient qu’un échauffement et la tentative de pogo lancée dans la fosse fut facilement stoppée par le signe désapprobateur d’un gros bras de la sécurité.

Un peu plus tard, alors que les Arctic Monkeys avaient investi la scène, il n’était plus question d’empêcher quoi que ce soit. Les ondulations s’enchaînaient dans les 30 premiers rangs et les têtes de milliers d’ados s’agitaient entre leurs bras levés pour porter ceux qui se risquaient à surfer sur les cheveux des copains. Cet exercice est risqué mais assez comique vu d’en haut, surtout lorsque, soudainement, celui qui nageait encore quelques secondes plus tôt disparaît, comme avalé par la bouche de la foule qui se referme aussitôt sur sa victime. C’est aussi un jeu pour les types de la sécurité, qui doivent recueillir, entre la scène et le public, ceux qui leur sont envoyés durant les airs ; comme dans un flipper, ils les réexpédient alors par les côtés aux envoyeurs, qui se font un plaisir, quelques minutes plus tard, de leur rendre la monnaie de la pièce.

Et sur la scène me direz-vous ? Sur la scène, les Arctic Monkeys confirmaient que les guitares peuvent faire beaucoup de bruit pour peu que l’on sache les maltraiter avec talent. Forcément, les vraies saveurs mélodiques de leurs titres étaient quelque peu noyées dans la masse des décibels mais l’énergie était délivrée par paquets jusqu’aux travées les plus hautes des Arènes de Nîmes. Heureusement que le son était là car question spectacle, Alex Turner, qui chante très bien, et ses copains sont plutôt du genre calme, et le vrai show était dans la (très) jeune foule. Bien sûr le batteur jouait avec quatre bras mais les autres se contentaient l’autre soir de balancer sans presque bouger, en professionnels déjà blasés. Faites attention les mecs, l’adolescence est un âge qui passe.

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