Des filles qui jouent au beach-volley mais pas de ballon, c'est ici.
Les bords de ports, ce sont des balades faciles. Celles que l’on fait avec toute la famille, une glace à la main. On déambule le long des quais en regardant les bateaux. Il y a les plaisanciers et les pêcheurs. Les premiers, on les observe du coin de l’œil, en train de prendre l’apéro sur le pont arrière ; on ne peut pas s’approcher davantage puisque « Les pontons sont réservés aux usagers du port ». Mais on ne loupe rien de ceux qui se donnent en spectacle en trinquant fort en pull marin. Les pêcheurs, c’est pas pareil. On ne les envie pas mais on les respecte. On dit aux enfants, attention, c’est un métier très difficile, des fois, ils partent des mois. Les pêcheurs, on les attend pour les voir décharger leurs prises. On dit, tiens une sole, tiens des crevettes, tiens c’est quoi ça Bernard ? Un brochet ? J’aurais plutôt dit une limande. Bernard pense surtout que les pêcheurs ont tellement raclé le fond de l’océan que dans 20 ans, il n’y aura plus de poissons. Mais les pêcheurs débarquent après des jours de sel et de vent et tout le monde se précipite. Même Bernard. C’est de plus en plus dur pour eux avec tous ces gens qui prennent des photos. Un gros plan du homard avec le téléphone pour envoyer à Christian qui travaille ; une contre-plongée au reflex sur les casiers qui sortent de la cale, sans se rendre compte que la dragonne traîne dans le mazout. Pour les pêcheurs, c’est le bazar, alors qu’ils voudraient juste revoir chez eux, prendre un bain et dormir.
Et puis à d’autres moments, ou en même temps mais un peu plus loin, juste à côté, on est plus tranquille. On trouve des cordages, des casiers pas toujours en très bon état, des filets qui attendent d’être recousus, autant d’objets qui ont l’air abandonnés mais qui servent tous les jours. Des traces de l’activité des hommes, des pêcheurs. Des traces de vies difficiles. Ce sont d’autres bords de ports.
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