Le premier plaisir que donne XXI est celui d’avoir en main une revue épaisse, au papier robuste et à l’odeur d’encre noire. Près de 200 pages sans publicité qui rappellent certains albums que nous feuilletions lorsque nous étions enfants. Les proportions sont idéales et donnent envie d’emmener le volume partout avec soi, de le potasser encore et encore, de venir et revenir à ses pages, nombreuses et fournies, sobres et claires. XXI est une nouvelle revue trimestrielle lancée par Laurent Beccaria, éditeur, et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste ; souhaitant privilégier « l’information grand format » et se plaçant sur la seule ligne qu’affectionnait Albert Londres, « celle du chemin de fer », elle propose de longs articles, un portfolio et une bande dessinée de reportage.
XXI s’inscrit dans le temps. Celui qui est nécessaire au journaliste pour traiter autant qu’il le souhaite son sujet sur le terrain, puis rédiger en choisissant ses mots sans les compter. Ce temps est aussi celui dont le lecteur aura besoin pour se plonger dans les histoires proposées, un lecteur qui a pris l’habitude de lire des journaux gratuits creux, dont les titres annoncent la pâle couleur, ou des blogs où il convient de faire court pour ne pas faire fuir. Ici, s’il s’agit bien de journalisme, il n’est pas question de résumer mais de conter, XXI vise l’immersion de son lecteur et rejette la synthèse sèche. C’est là le deuxième plaisir de cette revue, composée non pas d’articles mais de récits au long cours, de portraits buissonniers, faisant la joie de ceux qui apprécient les textes qui les prennent par la main pour une échappée en caractères d’imprimerie.
Ce premier numéro de XXI comprend un dossier fourni sur la Russie, un portrait de Michel Onfray, un entretien avec Bronislaw Geremek, des articles sur la France de la désobéissance ou l’IRA, entre autres ; il est en vente à 15 euros dans les bonnes librairies. Impossible de passer à côté de la couverture créée par Beb-Deum pour l’occasion dans les rayons (et avec laquelle je me suis amusé pour la photo) ; aucune raison de le faire d’ailleurs, tant elle annonce de belles soirées de lecture. Espérons que le temps suffisant sera donné à XXI pour s’installer à une place laissée vacante depuis longtemps dans la presse française ; pour l’y aider, un bulletin d’abonnement est disponible dans la revue, ou sur le blog qui a été ouvert au début du mois de janvier.
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