Errant dans les ocres chaudes du numéro « Sud » depuis décembre 2006 (1), le lecteur de Senso commençait à trouver le temps un peu long, voire à perdre le nord. Il attendait avec une impatience discrète la nouvelle version de son magazine favori. La voici enfin entre ses mains. Au premier regard, cette couverture blanche simplement troublée par le bleu piscine d’une photo de Guy Bourdin fait penser à la publication qu’Air France offre à ses passagers. Du coup, le lecteur tremble un peu avant de décoller, mais l’épaisseur prometteuse de l’objet le rassure et cette publicité pour Glenmorangie, en quatrième de couverture, le conforte un peu plus encore. Il peut se détendre, la compagnie est toujours bonne.
La nouvelle version, vendue 10 euros tous les trimestres, ne décline plus un thème selon les cinq sens et Senso devient d’ailleurs « Le magazine des plaisirs et des mots » (2), oubliant ainsi ce qui lui donnait un charme supplémentaire, comme un goût de sel sur une peau bronzée. L’on se souvient du plaisir qu’il y avait alors à « partir » pour l’Italie ou New York, à se souvenir de l’enfance ou à rêver aux mers. Pour autant, il est toujours question de voyages, de lectures, de plaisirs, de bon goût et de souvenirs, de futilités essentielles… Articles, textes, illustrations, et même une nouvelle, s’allongent voluptueusement sur 224 pages qui sont plus brillantes que glacées. Les signatures habituelles de Senso sont au rendez-vous, de Gérard de Cortanze à Nina Bouraoui, en passant par Oliver Niven ou Julia Floransac ; tous les trois mois, Sempé livrera même sur une double page l’un des dessins suspendus dont il a le secret.
Cet été, Senso nous transporte notamment en Australie et en Mauritanie, à la Nouvelle-Orléans ou à Vintimille. Senso évoque Cary Grant, Clint Eastwood, rencontre Jean-Christophe Rufin (3). Senso roule en scooter et en Fiat 500 pour aller déjeuner à Cassis ou déguster un rosé à Tavel. Dans cette nouvelle formule souffle toujours le même esprit que naguère, celui d’un élitisme serein et jouisseur. Et s’il rentre dans le rang en abandonnant le principe du thème unique, Senso respecte celui qui est le sien en maintenant, par la qualité de ses plumes d’encre et de couleurs, le plaisir que ressent le lecteur en caressant ses pages. Le numéro 29 sortira en septembre ; l’on aura pour une fois une raison de se réjouir de l’arrivée de l’automne.
(1) date de la dernière parution
(2) et non plus « Le magazine des sens et des mots »
(3) appelé « Jean-Claude » Rufin dans le sommaire ; pourquoi suis-je incapable de ne pas le faire remarquer ?
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