D’habitude, hélicoptère et reflex en bandoulière, Yann Arthus-Bertrand sillonne le globe pour nous montrer combien il est beau vu d’en haut. Pour Vu du ciel, série de quatre documentaires dont France 2 diffusait le premier opus hier soir, il descend, en partie, de son engin pour envisager la terre à hauteur d’homme. Regard de cocker, voix douce et moustache de grand-père qui chatouille, il explique avec calme les évolutions déjà en cours et celles qui s’annoncent sur ce qui reste à ce jour la seule planète habitable connue de l’homme. L’objectif est de nous montrer combien notre terre est belle, comment nous la maltraitons et pourquoi elle pourrait bien nous maltraiter à son tour très prochainement.
Dans le premier épisode consacré à la biodiversité, nous avons appris, entre autres choses, que certains poissons africains disparaissaient car ils ne pouvaient plus manger le caca des hippopotames, tués eux-mêmes par les hommes. Nous avons appris également qu’un médecin chinois avait trouvé le remède contre le paludisme, à savoir l’armoise annuelle. Il était très âgé et très joli ce monsieur mais je pense qu’aucun pharmacien occidental, pourtant tous habitués aux écritures de cochon, ne pourra jamais déchiffrer l’ordonnance qu’il a rédigée devant nous. Vu du ciel a offert de belles images : des plantations de thé, des enfants dans la forêt, un anaconda avalant péniblement un ragondin dix fois plus gros que lui…
Personnellement, j’en ai tiré deux conclusions. Premièrement, je ne mangerai plus jamais de poisson d’Afrique (j’avais déjà arrêté la perche du Nil après avoir vu Le Cauchemar de Darwin
). Deuxièmement, les serpents d’Amazonie sont vraiment des gros porcs. Sérieusement, je pense que le fait de louer la richesse et la beauté de la terre qui nous porte ne modifiera qu’à la marge nos comportements. Le changement ne pourra venir que de la peur ressentie face à une échéance précisément fixée pour les populations des pays industrialisés. Nos filles nées depuis le début de ce siècle sont presque assurées de vivre jusqu’à 100 ans. Nous commençons à comprendre qu’elles mourront sans doute durant une canicule au mois d’avril mais nous ne nous affolons pas ; mourir à 100 ans, c’est bien.
Mais il est possible que l’on nous annonce un jour que nos petites-filles ne vivront que 90 ans par exemple ou qu’elles seront les dernières. Cela sera-t-il suffisant pour changer ? Sera-t-il encore temps ? L’Homme est ainsi fait qu’il attend toujours la dernière minute pour se décider, pour faire son devoir de maths, pour écrire son discours de témoin des mariés, pour faire ses cadeaux de Noël. Concernant l’avenir de la planète, le nombre phénoménal de personnes concernées et l’ampleur des changements de mode de vie nécessaire pourraient bien rendre cette procrastination fatale.
Ce ne sera pas forcément un drame. Sauf pour nos petites-filles.
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